éducation
SEANCE 13
ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT
1. La paideia : extraits de la Vie slavonne de Constantin-Cyrille
2. L’enseignement supérieur : l’école de la Magnaure
3. Les cercles de lettrés
4. Enseignement du droit et enseignement professionnel
5. La formation de Michel Psellos
1. La paideia : extraits de la Vie slavonne de Constantin-Cyrille
F. Dvornik, Les légendes de Constantin et Méthode vues de Byzance, Prague 1933, p. 350-358.
2 Dans la ville de Thessalonique vivait un homme noble et riche qui s’appelait Léon et qui était revêtu de la dignité de drongaire sous les ordres du stratège. Il était orthodoxe et observait scrupuleusement les commandements divins, tel Job autrefois. Il vivait avec son épouse qui lui avait donné sept enfants, dont le plus jeune, le septième, fut Constantin, notre maître et notre docteur. […].
3 À l’âge de sept ans l’enfant eut un songe qu’il raconta ainsi à son père et à sa mère : “Le stratège ayant rassemblé toutes les jeunes filles de notre ville me dit : Choisis librement, parmi elles, l’épouse digne de toi qui pourra te servir de soutien. Les ayant toutes regardées et attentivement considérées, j’en distinguai une — la plus belle — dont le visage resplendissait, qui était magnifique sous sa riche parure d’or et de pierres précieuses et qui s’appelait Sophia, c’est-à-dire la Sagesse. C’est elle que je choisis.” L’ayant entendu, ses parents lui dirent : “Fils, observe la loi de ton père et ne rejette pas l’enseignement de ta mère (Proverb. 6, 20) ; car l’obligation de la Loi [est une] lampe et une lumière (Proverb. 6, 23). Dis à la Sagesse : Sois ma sœur et fais de l’intelligence ton amie (Proverb. 7, 4) : car la Sagesse resplendit plus que le soleil (Sapient. 7, 29) ; et si tu l’amènes à toi pour qu’elle soit ton épouse, tu seras par elle libéré de nombreux maux.”
Et quand [ses parents] l’eurent confié aux instituteurs, il devança tous les élèves dans les lettres, ex-cellant par sa mémoire rapide, à l’étonnement de tous. […]
S’étant voué à l’étude, il restait dans sa maison, apprenant par cœur les livres de Saint Grégoire le Théologien. Il fut sur le mur le signe de la croix et écrivit en l’honneur de saint Grégoire un encomion ainsi composé : “O Grégoire, vous qui êtes homme selon le corps, mais ange selon l’âme ! Vous qui êtes homme d’après le corps, vous êtes apparu comme un ange. Pareille à celle d’un séraphin votre bouche glorifie Dieu en illuminant la terre par l’explication de la vraie foi. Recevez-moi donc, moi qui m’approche de vous avec amour et confiance, soyez mon maître et celui qui doit m’éclairer.” Voilà ce qu’il promettait.
S’étant trop aventuré dans de nombreux sermons et dans une grande science, il n’en pouvait pas comprendre le sens profond. Et il tomba dans un grand chagrin. Il y avait alors un étranger, très versé dans la grammaire. Il vint donc le trouver et après s’être prosterné à ses pieds il le pria en se donnant à lui : “Fais une bonne œuvre et apprends-moi l’art grammatical.” Mais celui-là dissimulait son talent ; il lui dit : “Jeune homme, ne te fatigue pas ; car je me suis juré de ne jamais de ma vie enseigner cela à personne.” L’enfant, s’étant de nouveau prosterné devant lui, dit en pleurant : “Prends tout ce qui me revient de la maison de mon père, et instruis moi.” Mais comme l’autre ne voulait pas l’exaucer, il rentra chez lui et se mit en prières pour obtenir ce que son cœur désirait.
Or, Dieu a bientôt réalisé le désir de ceux qui le craignent. Ayant appris sa beauté, son intelligence et l’ardent désir d’étude qui était en lui, le ministre impérial appelé logothète l’envoya chercher pour qu’il fût élevé avec l’empereur. Le jeune garçon, à cette nouvelle, se mit joyeusement en route. Sur le chemin il récita cette prière après s’être prosterné : “Dieu de nos pères et Seigneur miséricordieux, vous qui avez tout créé par votre parole et votre sagesse, vous qui avez voulu que l’homme règne sur les créatures faites par vous (Sapient. 9, 1-2), donnez-moi la Sagesse qui est aux pieds de vos trônes (Sapient. 9, 4), pour que je connaisse ce qui vous est agréable et que je sois sauvé. Car je suis votre serviteur et le fils de votre servante.” (Sapient. 9, 5, Ps. 115, 6) Il récita encore le reste de la Salomon et, s’étant levé, dit “Ainsi soit-il”.
4 Quand il fut arrivé à Constantinople, on le confia aux instituteurs pour recevoir l’instruction. Et, après y avoir appris la grammaire en trois mois, il s’attaqua aux autres sciences. Il étudia Homère et la géométrie ainsi que — auprès de Léon et de Phôtios — la dialectique et toutes les autres disci-plines philosophiques. Il apprit même, outre cela, la rhétorique et l’arithmétique, l’astronomie, la musique et les autres arts helléniques. Il les apprit tous aussi bien que s’il n’en avait étudié qu’un seul. La vitesse s’ajoutait à l’assiduité, l’une concurrençant l’autre. C’est ainsi que la science et les arts se perfectionnent. Plutôt que sa science il montrait un doux visage, ne parlant qu’avec ceux dont il pouvait tirer quelque profit et évitant ceux qui dévient vers le mal. Il regardait et ne faisait que ce qui pouvait lui permettre d’atteindre les choses célestes au lieu des biens terrestres et de s’envoler de ce corps pour vivre avec Dieu.
Le logothète, voyant sa manière d’être, lui donna pouvoir sur sa maison et lui accorda libre accès au palais impérial. Un jour il lui posa la question suivante : “Je voudrais connaître, philosophe, ce qu’est la philosophie.” Mais lui répondit promptement : “C’est la connaissance des choses divines et humaines [qui nous enseigne] jusqu’à quel degré on peut s’approcher de Dieu et nous apprend que les choses sont créées à l’image et à la ressemblance de Dieu.” C’est pour cela qu’il l’aima encore davantage et l’interrogeait sur toutes choses, [lui], un tel homme, si grands et si vénérable. [Constantin] lui ouvrit toute la disci-pline philosophique, expliquant en quelques mots une grande doctrine.
Vivant dans la chasteté il devenait plus cher à tous qu’il devenait plus cher à Dieu. Le logothète, en lui accordant tous les honneurs et les marques de respect, lui offrit une masse d’or ; mais lui ne voulut pas l’accepter. “Ta beauté et ta sagesse me forcent à t’aimer” lui dit-il une fois. “J’ai une fille spirituelle, que j’ai tenue au baptême, jolie et riche, noble et issue d’une grande famille. Si tu veux je te la donnerai pour épouse. Tu recevras même maintenant de l’empereur une grande dignité et une haute charge mais tu peux attendre encore davantage car tu seras vite stratège.” Le philosophe lui répondit : “C’est un grand cadeau pour ceux qui le désirent mais pour moi rien n’est meilleur que l’étude, grâce à laquelle j’amasserai la science et rechercherai l’honneur des ancêtres ainsi que la richesse.” Quand le logothète eut entendu ces mots, il alla trouver l’impératrice et lui dit : “Ce jeune philosophe n’aime pas cette vie. Ne nous séparons [pourtant] pas de lui, mais faisons lui tondre les cheveux pour qu’il entre dans les ordres et devienne bibliothécaire auprès du patriarche, à Sainte-Sophie. Gardons-le au moins ainsi.” Et c’est ce qu’ils firent.
Après être resté avec eux un court de laps de temps, il s’en alla sur [les bords de] la Mer Étroite et s’y cacha dans un monastère. Ils le cherchèrent pendant six mois et ne le retrouvèrent qu’avec peine. Ne pouvant pas lui imposer cet office, on le pria d’accepter une chaire magistrale et d’enseigner la philosophie aux nationaux et aux étrangers en toute autorité et avec l’appui [officiel]. Et il accepta. […]
7 Peu de temps après [une ambassade chez les Arabes], il renonça à toute cette vie et se fixa en un lieu tranquille. Il se concentra sur lui-même ; il ne garda rien pour le lendemain mais distribua tout aux pauvres et s’en remit à Dieu qui s’occupe chaque jour de tous. Un jour de fête, son serviteur lui ayant déclaré : “Nous n’avons rien, ce saint jour” il lui dit : “Celui qui nourrissait les Israélites dans le désert nous donnera à manger ici. Va donc, invite au moins cinq pauvres et espère en l’aide de Dieu.” Et quand vint l’heure du repas, un homme apporta une quantité de comestibles de tous genres et dix pièces d’or. Et il rendit grâces à Dieu pour tout cela.
Et après s’être rendu au Mont Olympe auprès de son frère Méthode, il se mit à vivre et à prier Dieu sans cesse, n’entrant en conversation qu’avec les livres.
2. L’enseignement supérieur : l’école de la Magnaure
Continuation de Théophane, IV 26 et 29, éd. E. Bekker, Bonn 1838 (CSHB), p. 185 et 191-192.
26 […] Bardas s’occupa alors de la sagesse profane car depuis longtemps elle était négligée et complètement anéantie par la rusticité et l’ignorance de ceux qui gouvernaient. Ayant créé à la Magnaure des enseignements scientifiques, il mettait tout son zèle et son honneur à ce qu’elle soit au plus haut niveau et qu’elle progresse. Voici son action excellente et illustre qui ne put laver les défauts qui étaient par ailleurs en lui. Cette école fut dirigée par le philosophe Léon le Grand, chef de la philosophie, lié par la parenté de cousin au patriarche Jean. Il occupa le siège de Thessalonique et, lorsqu’il se trouva vacant à cause de sa déposition, il fut nommé dans cette école pour chasser et détourner au loin l’ignorance.
29 Comme beaucoup de gens s’étonnaient de sa sagesse et [se deman-daient] com-ment il avait gagné les sommets dans tous les savoirs, on raconte qu’il dit à l’un de ses familiers qu’il avait appris la grammaire et la poésie à Constantinople, mais que, la rhétorique, la philosophie et l’acquisition des nombres, quand il avait été dans l’île d’Andros ; là en effet il rencontra un homme sage dont il reçut uniquement les premiers éléments et quelques règles (logoi) ; puis, comme il ne trouvait pas tout ce qu’il voulait, il parcourut l’intérieur de l’île, arriva dans des monastères et rechercha les livres qui s’y trouvaient et dont il se pourvut ; il les étudia avec beaucoup de soin sur les sommets des collines et atteignit ainsi le faîte de la connaissance ; lorsqu’il fut rassasié de science, il retourna dans la ville impériale y semant les savoirs dans les intelligences de ceux qui le voulaient. Voilà pour le début, mais ensuite, lorsque après trois ans (telle fut la durée pendant laquelle il occupa son siège) il se trouva de nouveau va-cant à cause de sa déposition, il dirigea l’école de philosophie à la Magnaure, tandis que son disciple Théodore était à la tête du département de géo-métrie, Théodègios de celui d’astronomie, et Komètas de la grammaire […]. Bardas les pourvoyait généreusement et par amour du savoir il s’y rendait souvent et il fortifiait les dispositions des étudiants. En peu de temps, il donna des ailes à la science et la fit progresser. »
3. Les cercles de lettrés. Lettre de Photios au pape Nicolas Ier.
Éd. PG 102, 597A-D. Trad. P. Lemerle, Le premier humanisme byzantin. Notes et remarques sur enseignement et culture à Byzance des origines au Xe siècle, Paris 1971, p. 197-198.
J’ai quitté une vie paisible, j’ai quitté un calme plein de douceur, j’ai quitté aussi la célébrité (s’il est permis de s’attacher à la gloire mondaine, j’ai quitté ma chère tranquillité, cette pure et délicieuse fréquentation de mes proches, ce commerce exempt de chagrin, de calcul et de reproche […]. Comment serait-il possible de voir tout cela sans gémir ? Quand je restais à la maison, je baignais dans le plus délicieux des plaisirs, à voir le zèle de ceux qui s’instruisaient, l’ardeur de ceux qui posaient des questions, l’entraînement de ceux qui répondaient : ainsi se forme et s’assure le jugement, chez ceux dont les loisirs studieux aiguisent l’intelligence, ceux que les méthodes « logiques » mettent sur la voie de la vérité, ceux dont les saintes écritures dirigent l’esprit vers la piété, fruit suprême de toutes les autres études. Car c’était un tel chœur qui fréquentait ma maison. Et quand je sortais pour me rendre, comme c’était fréquent, à la cour impériale, c’étaient de touchants adieux, et l’on m’invitait à ne pas m’attarder : car j’avais ce privilège exceptionnel que la durée de ma présence au Palais ne dépendait que de moi. Et quand je revenais, le savant choros qui se tenait devant ma porte venait à ma rencontre : les uns, ceux à qui leurs mérites éminents donnaient plus d’assurance qu’aux autres, me reprochaient d’avoir tant tardé ; d’autres se bornaient à me saluer ; d’autres encore, à laisser voir qu’ils m’attendaient avec impatience. Et tout cela rondement, sans intrigues, sans malice, sans jalousie. Et qui donc, ayant connu une telle vie, supporterait volontiers et sans gémir de la voir bouleversée ? C’est tout cela que j’ai quitté, tout cela que j’ai pleuré, et dont la privation m’a fait verser des ruisseaux de larmes et m’a enveloppé dans le brouillard du chagrin.
4. Enseignement du droit et enseignement professionnel
Livre de l’éparque, 1, Sur les notaires. Éd. J. Koder, Das Eparchenbuch Leons des Weisen, Einführung, Edition, Übersetzung und Indices, Vienne 1991 (Corpus Fontium Historiæ Byzantinæ. Series Vindobonensis 33). Trad. M. Kaplan.
1.1 Celui qui va être nommé tabulaire doit être nommé par un vote et une décision et du primicier et de ses collègues tabulaires, comme quoi il a une parfaite connaissance des lois, qu’il excelle dans l’écriture, qu’il n’est ni bavard ni insolent ni d’une vie disso-lue, mais plutôt respectable par son comportement, d’un jugement sain, éloquent, intelligent, habile à parler dans un style correct, afin qu’il ne soit pas facilement trompé ici et là par des fautes d’écriture et des erreurs de ponctuation. Si jamais un notaire s’avérait faire quelque chose de contraire à la loi, aux conventions, aux instructions écrites, ceux qui ont témoigné en sa faveur seront tenus pour respon-sables.
1.2 Celui qui va être nommé doit savoir par cœur les 40 titres du Procheiron et connaître les 60 livres (des Basiliques), avoir suivi aussi l’enkyklios paideia, de façon à ne pas commettre d’erreurs dans l’établissement des actes ni se tromper de formulation. Il bénéficiera du temps nécessaire à exer-cer son esprit et son corps. Qu’il rédige un acte écrit de sa main devant le collège pour prouver qu’il ne fait rien qui ne convienne pas; s’il lui arrive d’être en faute, qu’il perde son rang.
1.3 Voici comment se fera la nomination: après les témoignages et l’examen, il est présenté avec le collège des notaires et le primicier à l’illustrissime Éparque de la ville, revêtu du manteau. Ceux-ci ju-reront devant Dieu et pour le salut des Empereurs qu’il est promu à son rang non par une faveur, une intrigue, une parenté, une amitié, mais de par sa vertu, ses connaissances, son intelli-gence et ses compétences. Après la prestation du serment, il sera nommé de façon scellée dans le sékréton de l’Éparque par celui qui détient le commandement. Ensuite, il sera intégré au collège et compté au nombre des notaires.
Ensuite, tous les tabulaires revêtus de leur manteau se rendent à l’église du Seigneur proche de l’habitation de l’impétrant. Il enlèvera son vêtement, revêtira un blanc surplis (phélonion) et sera consacré par la prière du prêtre. Il sera escorté par tous les tabulaires portant leur vêtement, le primicier en personne portant l’encensoir et envoyant la fumée en sa direction, le promu portant dans ses mains la Bible. Ainsi sera tracée sa route, indiquée par l’encensoir, comme l’encens en face du Seigneur. Dans cette pompe, il gagnera le siège qui lui est échu, rentrera chez lui dans sa gloire, pour y festoyer et se réjouir avec ceux qui seront là.
1.4 Celui des tabulaires qui manquera une procession impériale, une séance de l’Hippodrome, une assemblée du collège ou une convocation de l’illustrissime Éparque ou tout autre réunion, il versera aux officiers de l’Éparque 4 kératia, ainsi qu’aux membres du collège; si une cause juste et évidente justifie son absence, sans profit, il ne sera pas inquiété par la diligence du primicier.
1.5 Le tabulaire convoqué par le primicier et qui, pour une nécessité contraignante, fait complète-ment défaut deux ou trois fois, il paiera la première fois deux kératia, la seconde fois 4 et la troisième 6; mais s’il fait cela par suffisance et mépris, l’Éparque le punira.
1.6 Si un tabulaire est appelé pour dresser un acte écrit, et qu’ensuite on en appelle un autre, ils instrumenteront tous les deux et ils se partageront la rémunération à part égale. Mais si c’est de son propre chef que l’un se présente, non seulement il sera renvoyé sans salaire, mais il sera puni. S’ils sont en train d’instrumenter et que l’un des deux désire se retirer de son plein gré, il ne recevra aucune rémunération.
1.7 Si un tabulaire a été appelé pour dresser un contrat et qu’il désire se retirer pour une raison valable et en appeler un autre, celui qui aura été appelé touchera les deux tiers de la rémunération et le premier appelé le tiers.
1.8 Si un tabulaire a été appelé et a préparé le cas, qu’ensuite un autre est appelé, qu’il prépare aussi et termine l’action, s’il ignorait qu’un autre avait préparé, il recevra la totalité de la rémunération; mais s’il le savait, il recevra le tiers et le premier les deux tiers. Si les deux ont été appelés — le second en rang s’étant soumis au premier —, ils partageront également la rémunération.
1.9 Si un tabulaire se rend au siège d’un autre et que l’autre néglige de se porter à sa rencontre avec honneur ou si, à table, il ne se range pas selon le rang, ou s’il s’adresse ouvertement de façon outra-geante à un collègue, il sera condamné à 6 kératia; en cas de voies de fait, l’Éparque le mettra à la raison.
1.10 S’il s’élève une contestation entre notaires (sumbolaiographous) pour une écriture ou une prise d’honoraires, si elle est légère, le primicier en connaîtra; si elle est grave, ce sera l’Éparque de la ville sur rapport du primicier. Celui qui sera condamné, s’il ne défère pas à la condamnation du primicier, il versera 3 nomismata.
1.11 Le notaire brimé par un collègue en appellera d’abord au primicier, puis à l’instance supérieure de l’Éparque. S’il ne procède pas ainsi, il sera débouté de sa plainte.
1.12 Le tabulaire doit, en présence des témoins et de ceux qui ont fait appel à lui, séance tenante et apposer la formule (compla) légale et parfaire le contrat, de façon que ce qui a été fait soit valable. S’il est convaincu de ne pas l’avoir fait, l’Éparque le punira par la peau et la chevelure.
1.13 Le maître de droit (paidodidaskalos nomikos) et le maître (didaskalos) seront installés selon une règle ancienne sur ordre de l’illustrissime Éparque, après élection par le collège des notaires, du pri-micier, des maîtres de droit et des maîtres. Selon la coutume, le maître de droit versera au primicier 2 nomismata et au collège 4 nomismata; le maître, un nomisma au primicier et deux au collège.
1.14 Le tabulaire promu doit selon la coutume fournir au primicier 3 nomismata, aux autres tabulaires chacun un nomisma et à la caisse 6 nomismata.
1.15 Le maître de droit, s’il veut instrumenter des contrats sans l’ordre de l’Éparque et sans élection et examen des notaires, sera fouetté et chassé de sa chaire.
1.16 Les maîtres de droit ne reçoivent pas d’enfant d’une autre école, s’il n’a pas accompli (le temps prévu) par la rémunération de son enseignement; si les parents le retirent par ce qu’on ne s’en occupe pas, cela se fera au su du primicier.
1.17 Les scribes des notaires ne feront rien à l’insu de leur maître; s’ils sont convaincus de cela, ils seront mis à l’amende et condamnés à le pas être repris par un autre.
1.18 Il n’est pas permis aux scribes d’apposer la formule dans les contrats, mais aux seuls notaires.
1.19 Le notaire versera à son scribe par nomisma de rémunération deux kératia.
1.20 Quand un notaire a de façon coutumière la clientèle d’une fondation pieuse (euagès oikos) ou d’un oikos aristocratique ou d’un monastère ou d’un asile de vieillards et qu’un autre notaire essaie de l’y supplanter sans raison valable, celui-ci, convaincu, versera 10 nomismata.
1.21 Si le primicier est empêché pour cause de maladie, de vieillesse ou d’infirmité, son primiciat prend fin; il prendra sa retraite en touchant ce qui lui est dû en tant qu’ancien primicier et celui qui est promu à son rang après lui agira à sa place.
1.22 Lorsqu’un primicier doit être promu, celui qui vient par son rang, au témoignage de toute la corporation (omègyris) qu’il est digne de son rang, l’Éparque le promouvra ; s’il s’en trouve indigne par son comportement, le suivant ou celui qui vient ensuite lui sera préféré, et il en remerciera les tabulaires ainsi placés sous ses ordres.
1.23 Le nombre total des notaires ne doit pas dépasser le total de 24, et l’Éparque du moment n’aura pas le pouvoir de dépasser ce nombre au motif de se donner des adjoints. S’il est convaincu de faire cela, il perdra et sa ceinture et son poste; mais autant d’offices autant de notaires.
1.24 Aucun notaire ne prendra de scribe sans en informer le collège et le primicier en témoignant qu’il est capable; il aura un seul scribe.
1.25 Les notaires doivent recevoir à titre de rémunération pour un contrat, si la matière de l’acte se monte jusqu’à 100 nomismata, 12 kératia; si cela dépasse, un nomisma; si c’est plus de 9 livres, 2 nomismata. Les honoraires n’iront pas au-delà, quelle que soient la personne et le contrat, vente, dot, testament ou convention.
Celui qui aura été convaincu de demander plus perdra son siège et subira un châtiment de la part de l’Éparque. Mais si, sans qu’il le demande ni ne le recherche, quelqu’un veut lui offrir plus, il le recevra sans être inquiété.
En effet, en raison du poids des honoraires, les clients, à bout de ressources, abandonnent leurs contrats chez les notaires; le temps passe et ce qu’ils contiennent est oublié; des querelles et contesta-tions en résultent pour les citoyens.
1.26 Quand un tabulaire meurt, ils doivent tous se rassembler avec leurs vêtements et l’accompagner jusqu’à sa tombe, afin que l’enterrement soit digne des fonctions confiées. Celui qui manquera cela sans excuse valable pour un motif intéressé versera 6 kératia.
5. La formation de Michel Psellos
Michel Psellos, Chronographie, VI 35-44, éd. trad. E. Renauld, Paris 1926 (Collection des Univer-si-tés de France), t. 1, p. 134-138.
35 En fait de lettres (Constantin Monomaque) n’était pas précisément connaisseur, et, comme qualités d’éloquence, il n’en possédait aucune ; toutefois, il admirait cette partie là, et il rassembla de toutes parts dans le palais impérial les hommes les plus éloquents dont on voyait la plupart dans un âge avancé.
36 J’étais alors dans ma vingt-cinquième année, et je m’occupais des études sérieuses. Car je poursuivais ces deux objets : façonner ma langue au beau langage par la rhéto-rique et épurer mon esprit par la philosophie. Au bout de peu de temps, ayant assez approfondi la rhétorique pour être en état de discerner le point fondamental du sujet et d’y rapporter les points principaux et secondaires, et de ne pas redouter la théorie ni la science en tout comme un écolier, mais d’y apporter quelque chose en plus dans le dé-tail, je m’attachai à la philosophie, étant suffisamment maître de l’art de raisonner, soit en descendant des causes à leurs conséquences immédiates, soit en remontant de di-verses manières des effets aux causes. Je m’appliquai aussi aux questions naturelles et, au moyen de la science intermédiaire, je m’élevai jusqu’aux principes de la philoso-phie.
37 Si quelqu’un, loin de me trouver insupportable, veut bien me permettre de le dire, j’ajouterai encore ceci en ce qui me concerne, et cela me vaudra les éloges des hommes sérieux, et vous m’approuverez, vous qui lisez aujourd’hui mon ouvrage. Ayant trouvé la philosophie expirante, au moins du côté de ceux qui font profession de philo-sophes, je l’ai moi-même ranimée et vivifiée sans avoir rencontré le secours d’aucun professeur éminent et sans avoir trouvé, malgré mes recherches en tous lieux, un germe philosophique soit en Grèce, soit chez les barbares. Mais lorsque j’eus appris, pour l’entendre dire, qu’il y avait en Grèce relativement à la philosophie quelque chose de grand, exprimé en des termes et des propositions très simples - et c’était là, pour ainsi dire, les colonnes et l’achèvement de la science - rejetant tous ces discuteurs pointilleux, je cherchai à connaître quelque chose de plus. Alors je lus plusieurs de ceux qui furent versés dans la philosophie : ils m’enseignaient la voie de la connaissance ; l’un me renvoyait à l’autre, l’inférieur au supérieur, celui-ci à un autre, et cet autre à Aristote et à Platon, dont les prédécesseurs se contentaient d’avoir obtenu immédiatement après eux le second rang.
38 Donc, partant de là, comme pour accomplir un périple, je descendis aux Plotin, aux Porphyre et aux Jamblique, à la suite desquels, avançant dans ma route, j’arrivai à l’admirable Proclos, où je m’arrêtai comme dans un vaste port, et là je puisai avidement toute la science et la connaissance exacte des conceptions. Après quoi, voulant m’élever à la philosophie supérieure et m’initier à la science pure, je pris d’abord connaissance des choses incorporelles dans ce qu’on appelle la mathématique, qui tient un rang intermédiaire entre, d’une part, la science de la nature des corps et l’enten-dement qui est en dehors d’eux, et, d’autre part, les essences elles-mêmes auxquelles s’applique la connaissance pure afin d’en retirer, si je pouvais, quelque chose de supé-rieur à l’esprit, de supérieur à la substance.
39 Voilà pourquoi je me suis appliqué aux méthodes arithmétiques et aux démonstra-tions géométriques que quelques-uns nomment nécessités ; et puis, je m’adonnai à la musique et à l’astronomie, et les autre disciplines qui en dépendent, je n’en ai négligé aucune. D’abord, je m’attachai à chacune en particulier, puis je les rassemblai toutes, sachant qu’elles tendent les unes par les autres à une fin unique, ainsi que le veut l’Épi-nomis. Ainsi, grâce à ces sciences, je m’élançai vers les connaissances plus élevées.
40 J’avais entendu dire par les philosophes les plus accomplis qu’il y a une science supérieure à toute démonstration et accessible seulement à une intelligence sagement enthousiaste. Loin de négliger de m’en occuper également, ayant lu quelques ouvrages mystiques, je me suis pénétré de cette science autant, cela va de soi, que mes forces me le permirent. Car, pour ce qui est de posséder à fond et exactement ces choses-là, je ne saurais moi-même me vanter d’y être parvenu, et, si quelque autre s’en vantait, je ne le croirais pas. Faire d’une science élue entre toutes comme son foyer aimé ; de là, comme pour une recherche, se porter vers les autres et en faire le tour pour revenir à celle d’où l’on est parti, voilà une méthode qui ne surpasse pas précisément les facultés que nous avons reçues de la nature.
41 Les belles-lettres se divisent en deux groupes. L’une est remplie par la rhétorique, l’autre est occupée par la philosophie […] (qui) recherche la nature des êtres et nous en explique les théories mystérieuses ; elle ne monte pas jusqu’au ciel dans un langage emphatique ; mais, le monde qui existe là-haut, elle le célèbre avec variété […].
42 Et, comme il y a une autre philosophie supérieure à celle-là et qui repose sur le mystère de notre religion (et ce mystère est double, divisé selon la nature et selon le temps, sans parler de son autre caractère double, qui repose à la fois sur des preuves ainsi que sur l’imagination et sur des connaissances inspirées de Dieu à quelques personnes), j’ai étudié cette philosophie plutôt que la profane, d’une part en suivant la doctrine des grands Pères de l’Église, d’autre part en contribuant de mon propre fonds à compléter la science divine. Si donc quelqu’un, je le dis simplement et sans vanité, voulait me louer pour mes ouvrages, qu’il ne me loue pas à cause de ceci, non, qu’il ne me loue pas parce que j’ai lu beaucoup de livres ! En effet, je ne me laisse pas tromper par mon amour-propre, et je n’ignore pas ma mesure ; je sais qu’elle est peu de chose en compa-raison de ceux qui sont au-dessus de moi dans l’éloquence et dans la philosophie. Mais qu’il me loue, si j’ai recueilli quelque partie de la sagesse, de l’avoir puisée non à une source courante, mais à des fontaines que j’ai trouvées bouchées, que j’ai dû ouvrir et purifier, et qui ne m’ont laissé tirer leur eau, cachée dans les profondeurs, qu’au prix d’un long essoufflement.
43 En effet, aujourd’hui ni Athènes, ni Nicomédie, ni Alexandrie d’Égypte, ni la Phénicie, ni les deux Romes, la première, qui est aussi la plus petite, et la seconde, qui est aussi la plus grande, ni aucune autre ville ne se glorifie maintenant de ses lettres, mais toutes les sources, les sources d’or et les sources d’argent de prix moindre, et les autres sources de matière moins précieuse encore, toutes, nous les voyons bouchées. Aussi, ne pouvant rencontrer les sources vives elles-mêmes, j’accordai mon attention à leurs images ; celles-ci, secondaires elles-mêmes, je les ai amassées dans mon âme, et, après les avoir réunies, je ne m’en suis montré avare à l’égard de personne ; mais ce que j’avais recueilli avec beaucoup de peine, j’en ai fait part à tous sans vendre mes leçons à prix d’argent, mais y ajoutant encore pour ceux qui voulaient les recevoir. Mais de tout cela nous parlerons plus tard.
44 Dès ma plus tendre jeunesse, avant que le fruit fût mûr, la fleur annonçait l’avenir. J’étais encore inconnu de l’Empereur, mais tout son entourage me connaissait […].

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home