clergé
SÉANCE 15
ÉVÊQUES ET CLERCS
1. Élection de Nicéphore, Ignace le Diacre, Vie du patriarche Nicéphore
2. Livre des cérémonies, le clergé impérial
3. Alexis Comnène sur la réforme du clergé
4. Balsamon commente le canon 24 du concile in Trullo : le clergé et les courses
1. Élection et consécration du patriarche de Constantinople Nicéphore
Ignace le Diacre, Vie du patriarche Nicéphore, éd. C. de Boor, Leipzig 1880, p. 153-158. Trad. M. Kaplan, dans La chrétienté orientale du début du VIIe au milieu du XIe siècle, éd. M.-F. Auzépy, M. Kaplan, B. Martin-Hisard, Paris 1996, p. 17-18.
Taraise, l’étoile toujours brillante de l’Église, qui avait bien tenu le gouvernail du vaisseau de la foi, qui l’avait fait triompher de la tempête hérétique et l’avait mené à bon port avec sa cargaison d’orthodoxie, quitta le nombre des mortels pour la meilleure destinée : le père fut ainsi ajouté aux pères, aux patriarches celui qui s’est chargé du patriarcat pour la défense de la vérité, aux saints celui qui mena saintement une sainte vie, aux vrais pasteurs, celui qui, imitant le chef des pasteurs, le Christ, appelait par leur nom et connaissait ses brebis et faisait fuir les loups par le bâton de ses paroles, les conduisant vers les étables de la vraie confession et de la vraie foi.
Cet homme du ciel, qui vécut sur la terre une vie angélique autant qu’il le put tout en laissant avec constance dans la main de Dieu les rênes du sacerdoce, adressa une prière insistante et, je le crois, pure à Dieu, pour mener dignement sa charge archiépiscopale et devenir le héraut éloquent de l’Église proche du Christ. Par de multiples travaux et sueurs, il extirpa jusqu’à la racine l’épine de l’hérésie qui poussait en elle ; les obstacles et les pièges situés en son milieu, il les retira, conduit par la main de l’Esprit ; par l’araire de l’intelligence, il laboura le champ de la foi et il sema les symboles divins de l’économie du Christ non sur le chemin, au milieu des pierres et des peines, mais dans une terre bonne et fertile, et, comme dit l’Écriture, il la fit rendre au centuple. Il souhaitait et désirait voir la culture à laquelle il s’était attaché continuer après sa mort.
Sa demande ne fut pas déçue ; car Dieu, que trouvent toujours ceux qui le cherchent, qui ouvre la porte à ceux qui frappent et exauce les vraies prières, désigna clairement, d’un doigt divin et par l’Esprit, Nicéphore digne de l’onction sacrée, et le manifesta comme le plus resplendissant en matière de foi véridique à l’Empereur qui régnait alors et qui portait le même nom. Celui-ci, qui était intelligent plus qu’aucun autre, cherchait intensément à pourvoir la veuve d’un époux et mari capable de faire preuve dans son enseignement de fermeté dans la foi et de mettre ses pas dans ceux du sage pasteur qui l’avait précédé. Aussi, il s’en ouvrit à tous les prêtres, moines et à ceux du Sénat qu’il savait experts et éminents, afin que, par le choix du plus grand nombre qui est le plus juste et par le consentement du saint Esprit, source de certitude, sa propre volonté trouvât confirmation. Mais comme c’est le propre des hommes d’être incapables de rendre service, ils s’opposèrent les uns aux autres, brisèrent le consensus ; chacun vota pour un candidat différent, et choisit non pas celui que la Providence désignait par une céleste impulsion, mais celui que sa volonté propre lui proposait et lui suggérait. Mais à l’Empereur, la vivacité de l’esprit imposait Nicéphore comme pasteur et il les amena tous à le prendre en considération, rappelant ses abondantes vertus, son habileté à parler dans les affaires spirituelles et profanes, l’humilité et la douceur de son comportement, la pureté et la droiture de ses sentiments envers tous. Pour tout dire, sans aucune violence, il les captura comme dans une nasse en un vote unanime. Dès lors, les bouches et les langues proclamaient Nicéphore patriarche.
Alors l’Empereur lui envoie des messagers pour qu’il honore la ville impériale de sa présence sans lenteur ni retard. Nicéphore, préférant la louable obéissance à la blâmable désobéissance, suivit à contrecœur ceux qui voulaient le conduire. [Après une longue conversation avec l’Empereur, il finit par accepter sa nomination.] Convaincu par ces mots, celui qui obéit toujours et avant tout aux commandements de Dieu demanda aussitôt à l’Empereur d’échanger l’habit du laïc contre la vie angélique des moines, ajoutant la rigueur à la rigueur et aux efforts passés le plus pénible des achèvements. L’Empereur accepta, fit tonsurer la sainte tête par les mains de son fils et coempereur et voulut dans sa sagesse garder les cheveux pour honorer le vêtement de pourpre qu’ils portaient ; il savait que la chevelure nourrie par la plus haute vertu est conservée dans les premiers grades des dignités et que, chez celui qui va accéder à la gloire archiépiscopale, elle est illustrée par une gloire supérieure. Nicéphore reçut la divine consécration monastique… puis gravit selon la règle divine par degré et dans l’ordre les grades du clergé et parvint à l’ornement de la consécration archiépiscopale. Quand et de quelle manière, je vais le dire.
Quand l’Empereur et le sénat impérial se furent assemblés dans la Grande Église pour célébrer les fêtes de la sainte Résurrection, qu’un jaillissement de lumière dorée illumina généreusement la sainte assemblée, présage des incessantes splendeurs à venir, quand tout le clergé de l’Église se fut avancé, alors Nicéphore, vêtu de blanc, tenant à la main la sainte profession de foi qu’il avait écrite et qu’il avait confessée dans son cœur et par sa bouche, que plus tard il fit proclamer par tout son clergé, s’avança pour la sainte consécration. Prenant à témoin celui qui ne peut être récusé, il affirma que jamais il ne violerait rien de ce qui était écrit dans ce texte et que, dans un culte de vérité et de pureté, il se tiendrait dans l’admirable et glorieuse prière adressée à notre grand Dieu et Sauveur ; et, après avoir célébré la liturgie sur la sainte table, il déposa à ses pieds ce texte pour le sanctifier et lui donner la confirmation de l’autorité divine. Après la célébration sacrée, par une inspiration divine, le peule répondit par trois fois d’une juste voix le “axios tôi axiôi” ; puis il gagna le saint trône élevé à la vue de tous, comme sur un haut sommet, il appela sur tout le peuple le bienfait de la paix, reçut la même chose en retour ; puis il acheva lui-même et seul la divine liturgie.
2. Livre des cérémonies, le clergé impérial
Constantin Porphyrogénète, De Cerimoniis aulae byzantinae, II 8, (CSHB), p. 538-541.
Ce qu’il faut observer le premier du mois d’août, pour la sortie de la croix honorable et vivifiante.
Il faut savoir que, si le premier d’août tombe un dimanche, l’honorable croix doit être sortie de l’entrepôt des objets sacrés (skevophylakion) du grand palais le dimanche précédent, c’est-à-dire sept jours avant le premier d’août : elle sort quand on chante l’office du matin (orthros) entre la troisième et la sixième ode. Elle est déposée dans le skevophylakion et, une fois embaumée par le premier prêtre (du palais : prôtopapas), elle est placée dans l’église à la vénération de tous. Quand l’office du matin est terminé, tout le clergé impérial est présent et psalmodie les chants rituels de la croix, et au moment qu’ils veulent, les maîtres entrent et l’embrassent et, quand ils sortent, ils vont s’asseoir au Chrysotriklinos pour la procession rituelle et quotidienne. Alors le papias, soulevant l’honorable croix et la portant sur la tête, — il faut dire qu’il porte le scaramange et le sagion véritables — surveillé par le clergé impérial et par le prôtopapas de Saint-Étienne de Daphnè et par les diaitarii de Saint-Étienne et ceux du palais, alors que tous portent des cierges, passe par l’Hèliakos et le Chrysotriklinos et, de là, il la propose à la vénération de tout le sénat dans le Lausiaque, sur le côté gauche, devant la porte de l’oratoire de Saint-Basile. Après la proskynèse, elle est à nouveau portée par le papias — il faut dire qu’il est surveillé par ceux que l’on a dits — et déposée dans le palais de Daphnè dans l’église du saint protomartyr Étienne. Mais, le 28 du mois de juillet, elle commence à faire le tour de la ville et à sanctifier chaque lieu et chaque maison de cette ville impériale et gardée par Dieu, ainsi que les murs eux-mêmes, de sorte que la ville elle-même et tout ce qui l’entoure soient emplis de la grâce et de l’énergie sanctifiante, jusqu’au 13 du mois d’août. Ce 13 de ce mois au matin, elle entre dans le palais sacré et est déposée sur le trône qui est dans le Chrysotriklinos. Les diaitarii chantent les chants rituels de la croix, et, la litanie étant faite par le prôtopapas, ils chantent les répons en se figeant, selon le rite. Et, tout de suite, la croix est soulevée à nouveau par le papias et, sous la surveillance du prôtopapas de Daphnè et des diaitarii, elle fait le tour (du palais), sanctifiant les chambres et tout le palais. Ensuite, elle est déposée dans l’oratoire de Saint-Théodore et, le soir, le papias, avec le deutéros, l’emporte au Phare, où ils la transmettent au gardien des objets sacrés (skevophylax) ; et, à l’aube, alors que l’on chante l’office du matin (orthros), entre la troisième et la sixième ode, après avoir été essuyée par le prôtopapas et le skevophylax, elle est déposée dans le skevophylakion sacré.
Si le premier d’août tombe un lundi, elle doit être sortie le dimanche d’avant, c’est-à-dire huit jours avant le premier d’août. Si le premier d’août tombe le quatrième jour de la semaine (mercredi), elle doit être sortie le dimanche même du quatrième jour, c’est-à-dire trois jours avant le premier d’août. Si le premier d’août tombe le cinquième jour de la semaine (jeudi), elle doit être sortie le dimanche même de ce cinquième jour, c’est-à-dire quatre jours avant le premier d’août. Si le premier d’août tombe le vendredi, elle doit être sortie le dimanche même de vendredi, c’est-à-dire cinq jours avant le premier d’août. Si le premier d’août tombe le samedi, elle doit être sortie le dimanche même de samedi, c’est-à-dire six jours avant le premier d’août.
3. Alexis Comnène, ordonnance sur la réforme du clergé
Trad. P. Gautier, « L’édit d’Alexis Ier Comnène sur la réforme du clergé », Revue des Études byzantines 31, 1973, p. 178-186.
Ordonnance nouvelle du basileus Kyr Alexis Comnène fixant la procédure des votes et les qualités à exiger de tous les évêques, mais aussi des prêtres, dans les provinces, les métropoles et les évêchés.
Mon très saint seigneur, divin et sacré synode, serais-je le plus insensé au monde, veuillez, je vous prie, ne me point prendre pour tel quand je m’occupe de l’Église, car mon cœur a été touché par le danger qui maintenant menace l’Église. Voici en effet que les âmes des fidèles orthodoxes, particulièrement des plus simples, sont en péril. Parce que le collège sacerdotal est la tête des fidèles orthodoxes, parce que, s’il se porte bien, le corps tout entier et tous ses membres jouissent d’une bonne santé, et que, si inversement il est malade, tout le corps aussi s’oriente vers une ruine complète, voici donc que le christianisme est en péril du fait que l’institution ecclésiastique se dégrade chaque jour, et que Dieu s’irrite, tandis que se réjouit le démon très pervers et ennemi du bien, qui ne cesse de harceler les bons.
À cette incongruité il n’y a pas d’autre raison qu’une insouciance de longue date et une incurie qui a commencé depuis longtemps et qui persiste jusqu’à ce jour. Elle est en effet cause de ce que le mal actuel fait maintenant figure de loi, et qu’on le tient non pour une chose mauvaise, mais pour une chose bonne et salutaire, même si c’est une vraie calamité, calamité qui n’affecte pas les corps ni ne cause de dommages matériels, mais qui affecte les âmes et qui aboutit à la perte de beaucoup de chrétiens. Quelle excuse présenterons-nous donc le jour du jugement au Dieu créateur et organisateur, nous les basileis et les évêques, si nous qui avons reçu en charge les chrétiens nous les livrons, Dieu nous en préserve, à Satan à cause de visées purement humaines qui limitent à une période passagère, et même pas passagère, mais qui dure un temps extrêmement bref, le soin de ceux qui font les élections et les ordinations et de ceux qui sont par eux promus non seulement à l’épiscopat, mais aussi à tous les autres degrés du sacerdoce.
A coup sûr, nous n’aurons pas d’excuse si tous nous ne nous réveillons pas et ne corrigeons pas le mal, restaurant le bien qui a été méprisé. Quelle sorte de bien ? Celui qui est incomparablement supérieur à tous les biens, je veux dire nous unir intimement à Dieu, ce qu’une longue incurie a maintenant fait disparaître. Par la grâce de Dieu nous sommes tous chrétiens, basileis, pontifes, collège sacerdotal dans son entier et peuple, unis et liés que nous sommes encore dans la foi par l’intermédiaire de feu les bienheureux évêques et docteurs et des autres Pères théophores, et aussi de ta sainteté et de quelques membres de l’assemblée épiscopale d’aujourd’hui qui surpassent les autres par leur savoir et leur vertu. Il faut donc désormais que les chrétiens que nous sommes par la grâce de Dieu, nous nous mettions en quête du bien — rien en effet n’y fait obstacle —, parce que, s’il n’en va pas ainsi et si la situation n’est pas redressée, il vaudrait assurément mieux pour nous aussi qu’on suspendît au cou de chacun une pierre meulière, que tournent les ânes, et qu’on nous jetât à la mer, et parce qu’elle nous conviendrait à nous aussi cette parole : « Il eût mieux valu que nous ne fussions pas nés ». Et ce sera une chose digne de lamentations, et de lamentations remplies non pas de filets de larmes, mais de flots de sang. Il faut absolument que, répudiant tout autre sujet qui dans la vie présente affligerait notre âme et notre cœur, nous nous lamentions uniquement à ce sujet, agissant comme les passagers de navires qui, pris dans une haute mer déchaînée, privés de gouvernail et incapables autrement d’échapper au danger qui les menace, tournent vers Dieu seul un regard pitoyable et le supplient de le sauver. Si nous prenons tous cette décision, Dieu qui aime les hommes montrera la route à suivre pour la correction du mal à la fois aux évêques et à tous ceux qui ont jusqu’à ce jour peut-être ignoré le bien, afin que le bien, qui s’est flétri depuis quelques années par suite de l’incurie, retrouve maintenant sa fraîcheur sans aucun retard, pour que Dieu soit honoré, une fois redressée la situation de l’Église et des chrétiens selon les traditions des divins apôtres coryphées et des saints Pères théophores qui les ont suivis, situation que notre longue insouciance a corrompue.
Et qu’on ne s’étonne pas si cette œuvre bonne et salutaire, que les disciples eux-mêmes du Seigneur ont transmise à l’Église des croyants et après eux tous les saints Pères, a été corrompue par le temps. Étant en effet des hommes corruptibles absorbés chaque jour par les soucis matériels, nous donnons aussi tête baissée dans ceux-ci, car ces choses sensibles et l’attachement qu’on leur porte troublent les pensées des hommes, et l’on trouve rarement quelqu’un qui soit sans cesse absorbé par les choses divines, qui ne désire qu’elles, stimulant et purifiant chaque jour son homme intérieur, et c’est pourquoi aussi cette œuvre excellente et divine, qui par don de Dieu procure la piété aux âmes des hommes, a été complètement méprisée et diminue de jour en jour, au point que peu s’en faut qu’elle n’aboutisse même à une disparition totale et ne soit tenue pour rien. Il n’y a pas en effet de souci de la prédication orthodoxe, il n’y a pas d’aspiration à la comprendre ; au contraire, nous avançons presque tous comme dans l’obscurité, nous qui souffrons à mon sens de l’ignorance du bien ; tous en masse nous courons un danger, membres du corps épiscopal, monastique et laïque, et nous nous précipitons tête en avant dans un gouffre ténébreux et béant. Et l’intercession du vrai Christ notre Dieu auprès de son Père en faveur des apôtres et pas seulement des apôtres, mais encore de tous ceux qui croient en lui par leur prédication, reste sans effet. Comment en effet pourraient croire en lui par la prédication des apôtres les âmes des hommes qui sont abandonnés sans enseignement et sans initiation au mystère de la piété ? Car, pareille au talent caché dont parlent les évangiles, la doctrine orthodoxe est maintenant presque cachée et, cachée, elle n’est pas cherchée, et ce qui est incomparablement meilleur que toute autre chose est tenu presque par tous comme secondaire. Pourtant, si quelqu’un perd un objet de peu de valeur et même le moins important de ses biens, il se met avec ardeur à le chercher et à enquêter et il appelle des amis à l’aide pour trouver l’objet perdu et, quand il l’a trouvé, il est heureux ; or ce très grand trésor, je veux dire le mystère de la piété, que le Christ véritable notre Dieu a transmis à ses disciples en leur disant : « Allez, enseignez toutes les nations », et la suite, puisqu’il est perdu, pourquoi ne le cherchons-nous pas avec un zèle extrême et un cœur brûlant ? Nous serons en effet privés du Christ véritable, notre Dieu, si nous méprisons le mystère de la piété et si nous ne le cherchons pas tous ensemble avec un zèle extrême, versant des larmes d’un cœur affligé et suppliant Dieu de se manifester de nouveau aux yeux de notre intelligence. Dès que nous le voudrons, cela se produira. Il est si ami des hommes, si miséricordieux, si assoiffé de notre salut qu’il n’est pas loin, mais proche de nous, car il est là et nous cherche selon ses propres paroles : « Le royaume des cieux est à l’intérieur de vous », car il est le royaume des cieux et il est au-dedans de nous, si nous aussi nous le voulons.
Comment se fera la réforme de l’institution ecclésiastique ? Les clercs titulaires de la Grande Église sont peu nombreux, eux qui aussi reçoivent des rogai. Les surnuméraires figurent bien sur le registre et font le service de l’Église, mais ils ne reçoivent rien et se nourrissent uniquement de l’espoir d’un avancement. Et même si tous ont été certifiés dignes de tout le sacerdoce, en fait et en vérité certains des titulaires et des surnuméraires ne sont peut-être pas tels. Je concède qu’ils mènent une vie vertueuse, parce que l’observation des commandements de Dieu s’impose à tous les chrétiens et d’abord aux personnes consacrées ; par contre, la capacité d’enseigner ne se rencontre pas chez la plupart, et sans doute pourra-t-on trouver la même lacune même chez quelques personnes consacrées. Que ceux donc qui ont et la vie vertueuse et la capacité d’enseigner parmi les titulaires et pareillement parmi les surnuméraires, puisque, aussi bien ceux-ci que ceux-là font le service de l’Église, soient promus aussi à l’épiscopat et aux charges archontales, comme on le dira, sans empêchement. Quant aux autres, qu’ils s’efforcent avec un soin extrême d’améliorer leur conduite et d’acquérir la capacité d’enseigner, et que chacun de ceux-ci obtienne l’avancement susdit quand il se sera rendu digne sur les deux points. Même si en effet quelqu’un a été certifié digne de tout le sacerdoce et pour cette raison consacré au service de l’Église, on adressera un blâme à celui qui aura rendu une attestation frauduleuse, et cette attestation ne servira pas à celui qui n’a pas la capacité d’enseigner en même temps qu’une vie irréprochable pour accéder aux charges archontales et à l’épiscopat. Car celui qui est, du moins pour le moment, dépourvu de la science pour enseigner ne profitera absolument pas du témoignage de celui qui s’est porté garant de la capacité d’enseigner chez qui ne la possède pas, et il ne suffira pas non plus à celui qui en a été l’objet pour recevoir un rang de didascale.
Quelle mesure prendra donc à leur sujet le sacré et saint synode ? Écartera-t-il ceux qui n’ont pas fait l’objet d’un bon témoignage du degré que chacun a obtenu ? Mais cela ne manquera pas d’affliger l’âme de ceux qui ont déjà été affectés à la très sainte Église de Dieu. Veuillent donc le sacré et saint synode et, avant tout, ta sainteté, mon très saint seigneur, père commun et docteur de l’empire, tenir compte de l’empressement de ceux qui ont déjà été enrôlés et de leur volonté de servir de tout cœur la sainte Église, et que leurs insuffisances soient supplées par ta sainteté qui témoigne d’un zèle extrême. Tel soit le zèle de ta sainteté si bien disposée, puisqu’elle veut le bien qui est supérieur à tout. Avant toute autre chose, qu’on fasse un recensement général de tous ceux qui sont déjà bien munis des deux côtés, je veux dire en savoir et conduite, et de ceux qui montrent peut-être quelque déficience sur ce point. Que ce recensement ne soit pas fait à la légère et au petit bonheur, mais avec une enquête approfondie, une enquête portant d’abord sur la capacité d’enseigner de chacun et sur ses bonnes mœurs, et que celui qui aura bonnes mœurs et capacité d’enseigner soit noté par ta sainteté comme supérieur aux autres. De la sorte, celui qui n’est pas encore équipé s’équipera par émulation pour celui qui a été déjà remarqué et préféré aux autres. Comme nous l’avons déjà dit plus haut, qu’il faut juger recevable la bonne volonté de ceux-ci, tout disposés qu’ils sont à persévérer dans le service de l’Église, qu’on leur enjoigne de se soucier à l’avenir du savoir et de la vertu, et ainsi devenus conscients de ce qui sera utile grâce à tes propos salutaires et à tes exhortations orales, ils épuiseront toute leur ardeur à apprendre chacun avec exactitude les divins enseignements, à adopter une conduite plus vertueuse, à se rendre dignes de tout le sacerdoce et à prouver de la sorte que le témoignage rendu en leur faveur est garanti par leurs actes eux-mêmes. Et que cette conversation et cette exhortation de vive voix n’aient pas lieu une seule fois, mais souvent, et que ta sainteté demande à chacun quels fruits il a récoltés après tes exhortations orales, et que celui qui aura présenté une récolte plus florissante que celle des autres soit estimé et jugé comme devant être accepté par ta sainteté et bénéficie d’un honneur supérieur aux autres, parce qu’il a suivi docilement le précepte du Seigneur. Car le Seigneur lui-même a dit : «Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira, car qui demande reçoit, qui cherche trouve et à qui frappe on ouvrira. » Celui-là aussi a cherché et il a trouvé, il a demandé et il a reçu, il a frappé et on lui a ouvert. Il faut donc que celui qui a reçu de Dieu un tel honneur grâce à son zèle personnel soit honoré par ta sainteté de l’honneur approprié et qu’elle le fasse de surcroît connaître à ma majesté, afin qu’elle aussi lui accorde dans la mesure du possible l’honneur qui lui convient, et cette personne sera connue de toute l’Église non pas seulement pour son propre avantage, mais encore pour celui de tous les autres. Car le bien se communique. Quelle sorte de bien ? La conduite et le savoir, sans lesquels nul ne verra Dieu.
5. L’hippodrome : Commentaire de Balsamon, juriste du XIIe siècle, au canon 24 du concile in Trullo (692)
Canon 24 du concile in Trullo
Qu’il ne soit pas permis à quiconque est classé dans l’ordre clérical ou monastique d’aller aux courses de l’hippodrome ni d’assister à des pièces de théâtre. Si un clerc a été invité à un mariage, au moment où commencent les divertissements scéniques, qu’il se lève et quitte la compagnie aussitôt, comme l’ordonne l’enseignement des Pères. Celui qui serait pris à faire pareille chose doit cesser immédiatement ou être déposé.
Commentaire de Balsamon
Conformément au canon 54 du synode de Laodicée, le présent canon défend lui aussi aux clercs et aux moines d’assister aux courses de l’hippodrome ou d’écouter des pièces de théâtre. Il ajoute que les clercs invités à un mariage — il n’est même pas venu à l’idée des Pères de parler des moines tant c’est, à l’évidence, inconvenant — doivent s’en aller dès que commencent les divertissements. Alors que ces deux canons disent ces choses et que le parti de l’Église a, il y a peu de temps, interdit aux moines et à tous les clercs d’aller aux courses de l’hippodrome qui avaient lieu, certains ont dit que, certes, il est louable et tout à fait recommandé pour un clerc ou un moine de ne pas aller à l’hippodrome, de ne pas voir de spectacle qui féminise le regard, de ne pas entendre de mots qui ensorcèlent l’ouïe — au même titre que la virginité et les autres choses qui sanctifient l’homme. Mais ils ont aussi dit que, si quelqu’un, incapable de rester vierge, se marie, il ne sera pas châtié, et que celui qui est incapable de s’abstenir de tout plaisir, s’il va à l’hippodrome, sera pardonné, surtout s’il s’adonne à cela une fois et non de façon immodérée.
Car ce canon, disent-ils, interdit les courses de l’hippodrome d’autrefois et non celles d’aujourd’hui, qui sont célébrées par décision impériale et en présence de l’empereur.
Jadis, en effet, les dèmes avaient pleine autorité sur les courses de l’hippodrome, faisaient celles-ci quand et comme ils voulaient, à leurs propres frais, puisqu’ils possédaient les bâtiments, les chevaux et les écuries — conservées jusqu’à aujourd’hui — ainsi que les revenus provenant des courses. L’empereur était invité et n’avait aucune autorité sur tout cela, si bien que, au moment des courses, il se passait beaucoup de choses inconvenantes et que survenaient de nombreuses émeutes, les uns étant partisans du dème des Bleus, les autres du dème des Verts. À certains moments, même, des guerres civiles éclataient entre les dèmes rivaux et les démotes vomissaient des mots indécents contre la vigilance impériale, comme cela est montré par les différentes chroniques : cela arriva sous le règne de l’empereur Justinien, sous Anastase, sous Phocas le tyran et sous d’autres empereurs. De plus, comme les dèmes n’avaient pas interdit les paris, ils appelaient la victoire aux dés en invoquant leur fortune, ce qui est totalement interdit par les divins canons. Ils organisaient aussi des combats contre les bêtes sauvages et d’autres choses déshonorantes et inconvenantes. C’est bien à cause de cela, disent-ils, que le 51ème canon du présent concile interdit les mimes, les pièces de théâtre, les scènes de chasse et les danses sur scène, et qu’il prescrit de déposer les contrevenants, s’ils sont clercs, et de les excommunier, s’ils sont laïcs. Et la fin du 15ème canon du synode de Carthage dit textuellement : "Que les enfants des clercs ne participent pas aux spectacles laïcs, qu’ils ne les regardent pas non plus." De plus, il a toujours été enseigné à tous les chrétiens de ne pas aller là où se trouve le blasphème.
Mais aujourd’hui, les courses de l’hippodrome étant célébrées en présence de l’empereur, sans aucun élément répréhensible de ce genre, on ne peut soupçonner qu’il y ait là quelque chose de mal. C’est pour cela, disent-ils, qu’il est certes louable de ne tirer aucun plaisir des courses de l’hippodrome ni de tout autre spectacle, mais qu’il est cependant permis aux clercs d’aller à de telles courses. En effet, si, comme c’est l’avis du plus grand nombre, toutes les courses de l’hippodrome, celles célébrées autrefois comme celles qui ont lieu aujourd’hui, sont interdites, de même que tous les spectacles et les chasses, alors, on est obligé de dire que ni l’empereur ni quiconque ne peut, à aucun moment, faire une telle chose ; et on est aussi obligé de dire qu’il ne faut pas même faire de courses de lièvres avec des chiens, pour éviter que les laïcs qui s’occupent de courses, de spectacles et de chasses ne tombent sous le coup d’une excommunication : cela est absurde.
Pour cette raison, il faut distinguer deux catégories dans les courses de l’hippodrome, les spectacles et les chasses : d’une part, toutes celles qui sont répréhensibles, auxquelles non seulement les clercs mais même les laïcs n’ont pas la permission d’aller par crainte de l’excommunication, et, d’autre part, celles qui sont permises et qui ont lieu aujourd’hui, auxquelles non seulement les laïcs mais même les clercs assisteront sans châtiment. Que, disent-ils, les canons n’ont pas interdit tous les spectacles et les courses de l’hippodrome mais seulement ceux qui sont dangereux et déshonorants, cela est montré à l’évidence par le 61ème canon du concile de Carthage qui dit textuellement : "On demande aussi que les spectacles des jeux théâtraux soient interdits les dimanches et les autres jours de la foi chrétienne ; et surtout, parce que, durant la semaine de la sainte Pâque, les foules préfèrent aller à l’hippodrome plutôt qu’à l’église, il faut, quand il arrive que des jeux ont été décidés pour ces jours-là, changer de jour ; et aucun chrétien ne doit être contraint d’aller à ces spectacles." Il est évident que si tous les spectacles de l’hippodrome avaient été interdits par les canons, les pères n’auraient pas demandé que les courses de l’hippodrome et les spectacles n’aient pas lieu durant les jours du Seigneur ni durant les autres jours de fête, c’est-à-dire durant les jours de Pâques, mais qu’ils auraient imposé de les faire cesser complètement. D’ailleurs, le grand docteur de l’Église, Jean qui parlait d’or, a rejeté les seules courses de l’hippodrome qui se tenaient les jours du Seigneur.
Ils ajoutent encore à ce qu’ils ont dit que, aujourd’hui, il existe des lecteurs démotes, tout simplement parce qu’il est clair que les courses de l’hippodrome ont lieu avec l’autorisation de l’Église, et que le désordre ancien des démotes laïcs, ainsi que toutes les manifestations inconvenantes et blasphématoires, a cessé. En effet, disent-ils, pourquoi permettre aux seuls lecteurs démotes d’aller aux courses de l’hippodrome et de donner le signal au dème, et fermer les portes de l’hippodrome aux autres lecteurs et aux clercs ? Ils se servent à l’appui de leur discours, du chapitre 5, titre 8, livre 60 des Basiliques, qui dit :
"L’édit interdit les jeux, à l’exception de cinq, et définit certains châtiments contre ceux qui jouent aux dés, confiant à l’éparque de la ville, aux gouverneurs des provinces et aux évêques le soin de rechercher, d’interdire et d’annuler tous les contrats auxquels ils donnent lieu. L’édit donne aussi les actions en justice à l’occasion des jeux permis et les réclamations des dettes faites à cette occasion, établissant une amende de dix livres contre ceux qui oseraient transgresser l’édit."
Et ils disent qu’est permis le pentathlon, c’est-à-dire les cinq jeux : lutte, pugilat, course, saut et lancer du disque. Quant aux petits chevaux, ils disent qu’ils sont interdits par la loi, car ils sont prétexte à un jeu de dés, comme le montre le chapitre 29, titre 13 du présent recueil.
Voilà donc ce que certains disent à propos des courses de l’hippodrome : à propos des mimes et des jeux scéniques, ils ne font aucune distinction mais se soumettent à la décision du canon. Mais les plus nombreux et surtout les plus pieux, dont je suis moi-même, ne sont pas de leur avis, car ils disent que les canons doivent être interprétés dans le sens le plus utile à l’âme et non dans le sens le plus dissolu ou dans le sens de l’indifférence.

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