Byzantium06

mercredi, novembre 01, 2006

institutions charitables

SEANCE 17
INSTITUTIONS ET ASSOCIATIONS CHARITABLES

1. La prise en charge des morts par une confrérie laïque (première moitié du IXe siècle)
2. Monastères et hospices
3. L’orphelinat de Constantinople

1. La prise en charge des morts par une confrérie laïque (première moitié du IXe siècle)

Trad. G. Dagron, « “Ainsi rien n’échappera à la réglementation”. État, Église, corporations, confréries : à propos des inhumations à Constantinople (IVe-Xe siècle) », Hommes et richesses dans l’Empire byzantin, t. 2 : VIIIe-XVe siècle, éd. V. Kravari, J. Lefort, C. Morrisson, Paris 1991 (Réalités byzantines 3), p. 162-164.

L’homme ayant été fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, il s’ensuit que la nature humaine, en fidèle image, porte autant qu’elle le peut en elle-même les traits de l’archétype ; et puisque la divinité dispense sur toutes choses sa providence et sa bonté, il serait juste que l’humanité imite, dans la mesure où elle le peut, l’action providentielle de l’indicible sagesse. Aussi, si humbles et modestes que nous soyons, levant pieusement nos yeux vers Dieu et reportant sur nos semblables ses sentiments d’amour, avons-nous formé entre nous cette pieuse association, comme on verra ci-dessous, pour être la providence des corps abandonnés de la providence, c’est-à-dire des morts qui, soit parce qu’ils sont pauvres, soit parce qu’ils sont étrangers, ne peuvent avoir dans cette reine des villes ni convoi funèbre, ni inhumation. Nous attachant donc à ce modèle divin et chacun faisant, chaque année, sur les revenus que Dieu lui aura accordés, selon ses possibilités, un versement pour l’achat de tombes et tout ce qui concerne en général l’enterrement, nous énonçons, sous la protection du Seigneur, les règles suivantes.
Tout homme mort qui aura été signalé à l’un des membres de la confrérie ou qui aura été vu par lui lors d’un déplacement, sera convoyé en des funérailles convenables, et sera déposé en l’une des saintes tombes que nous aurons réservées à cet usage ; de plus, dans l’année au début de l’indiction et pendant la période de la Pentecôte, nous ferons en commun les commémoraisons de tous les morts ensevelis et, à cette occasion, sur les contributions versées, nous organiserons un banquet pour le réconfort des corps, mais sans sortir des limites admises de la frugalité, pour que nous n’en venions pas, par excès de boisson ou de nourriture, à sortir de la limite de la célébration des commémoraisons. Non ! C’est avec révérence, et en rendant grâces à Dieu de nous avoir jugés dignes de cette sainte célébration, que nous ferons usage de la table, avec en plus la lecture du tomos, si bien que, tout en nous restaurant, nous rechercherons ce qui plaît à Dieu — les restes étant distribués aux pauvres — sans donner droit de cité au cours du repas à des propos futiles, non plus qu’à des plaisanteries, et encore bien moins à des bouffonneries, passe-temps auquel il serait déraisonnable, même pour n’importe quel chrétien, de se livrer. S’il faut parler, que ce soit pour dire des choses qui conviennent à des chrétiens : qu’il faut respecter les serments, s’aimer les uns les autres, ne proférer que la vérité, fuir la ruse et l’envie, s’attacher autant que possible à faire le bien, visiter les prisonniers et les malades, faire attention aux lectures et à ceux qui officient dans les églises, professer le respect de son prochain, et surtout des prêtres de Dieu et des moines, pratiquer l’hospitalité, se refuser totalement à la débauche et à l’ivrognerie, s’en tenir à la foi orthodoxe, fuir la communion avec les hérétiques. S’attacher à de tels sujets de conversation ne peut, en effet, que s’accompagner de grands bénéfices. Donnant notre adhésion et promettant d’être fidèles à ces saintes conventions, nous nous consacrons à la présente association comme au Seigneur lui-même — car ce dernier dit : ‘ce que vous avez fait à l’un des moindres de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait’ (Mat. 25, 40) —, sans rejeter ni négliger aucun point du règlement ; en sorte que, si l’un des frères est convaincu soit d’être passé auprès d’un mort gisant dans la rue sans en avoir référé au chef de la confrérie, soit d’avoir tenu au cours des repas des propos qui ne convenaient pas, soit d’avoir commis des actions impies et propres à susciter la colère de Dieu, celui qui préside l’association lui infligera une punition, privation de vin pendant trois jours et versement d’une pièce d’argent, puis on exigera de lui qu’à l’avenir il s’amende. En outre, nous nous conformerons encore à ceci : lorsque arrivera pour l’un de nos frères la mort qui nous est commune, nous nous rassemblerons tous pour procéder ensemble à ses funérailles et à son inhumation, si bien que sur ce point aussi notre valeureux groupement recevra des éloges, pour la gloire et la louange de notre Dieu généreux.
Adhérant à cette charte avec foi et respect, nous marquons notre nom avec le montant de notre contribution, sûrs de recevoir la contre-valeur de notre très modeste offrande dans l’Éon futur, de la main du juge équitable de l’Univers qui accordera à chacun sa rétribution, Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu.


2. Monastères et hospices

La Diataxis de Michel Attaliate. Éd. trad. P. Gautier, « La Diataxis de Michel Attaliate », Revue des Études byzantines 39, 1981, p. 24-30, p. 46-48.


C’est donc avec un profond empressement et des sentiments ardents que je consacre, par le moyen de l’aumône aux nécessiteux, à notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, né de manière inexprimable et incompréhensible d’une vierge, et au Père consubstantiel et au Saint-Esprit, une part de mes biens fonciers sis à Raidestos et dans la capitale, part non des moindres et des plus viles, mais des meilleures et des plus précieuses, puisqu’il convient que ceux qui possèdent un foi sincère portent des fruits et fassent une offrande à Celui qui est au-dessus de tout honneur. Même si en effet le Créateur est un être qui se suffit à lui-même et est le bien en soi, et même si la divinité unique et au triple éclat est la gloire qui contient tout, l’intention ne laisse pas d’être examinée et éprouvée. Si l’offrande de Caïn ne fut pas en effet réellement tenue pour une offrande, mais pour un objet de condamnation, c’est parce qu’elle était constituée d’objets triés et de mauvaise qualité. Je consacre donc cela, ai-je déjà dit, à Dieu très miséricordieux et grand, et de cette offrande je l’institue héritier, curateur et seigneur, et j’ose même dire, vengeur et adversaire de ceux qui voudraient, à un moment quelconque, mutiler ou transgresser l’une de mes dispositions, et amputer ou grever l’un des biens de cet humble héritage qui lui appartient.
Je prescris que la maison qui est à l’intérieur du kastron de Raidestos soit appelée hospice, qu’elle le soit réellement, et qu’elle soit reconnue comme tel pour le pardon et la rémission de nombreux, graves et innombrables péchés. Cette maison, il y a longtemps, avant que n’entre dans un monastère ma tante par alliance, la moniale et protospatharissa kyra Euphrosyne, car c’est dans la maison de son cousin germain Krasas qu’elle fut tonsurée, je me la suis fait réserver par elle, moyennant une promesse de vente et un acte de gage, ainsi que son bien de Lips ou de Baboulou. Ensuite, j’ai acquis définitivement la maison par un achat en bonne forme, et le bien par héritage. Cette maison, quand je l’ai acquise, était complètement ruinée, démolie et inutilisable, d’une part en raison des ravages du temps, d’autre part en raison des secousses extraordinaires du récent séisme, et je l’ai reconstruite de fond en comble, et je l’ai arrangée à grands frais et à grand peine au moyen de mes économies, car à ce moment-là je n’étais pas riche : j’étais encore au seuil de ma carrière, et je n’avais exercé aucune charge de commandement ni charge fiscale. Et je lui ai joint ce que j’ai acquis par échange et par achat de Psôrarios et de Narsès, et j’en ai fait une seule maison, et je veux que le tout forme une demeure où l’on entreposera toutes les récoltes qui sont dues, et où on accueillera et hébergera les pauvres étrangers, et qu’elle soit hospice et en porte le nom, comme il a déjà été dit.
En outre, ma maison située dans la capitale que j’ai achetée à ma belle-sœur, la protospatharissa et asèkrètissa kyra Anastasô, en vertu d’une ordonnance impériale et après décision et enquête des juges désignés, le vestès et questeur kyr Michel Anzas et le nomophylax, je la consacre elle aussi comme hospice. Je rassemble et réunis ces demeures, de sorte qu’elles soient jointes et accouplées, administrées conjointement et liées l’une à l’autre avec l’Esprit comme architecte. En effet toutes les deux doivent demeurer unies et rester liées par l’Esprit comme des parties et des membres, et dépendre d’un seul héritier et maître, je veux dire l’empereur céleste, en vue du service des pauvres et des aumônes à leur distribuer. J’institue et consacre cette maison comme hospice, à l’exception du rez-de-chaussée qui dispose aussi d’une ouverture sur la cour de mon autre maison, celle que j’ai achetée à ma tante par alliance, la protospatharissa, en religion kyra Euphrosyne, ainsi que la galerie longue et étroite qui surplombe la cour de ma maison susdite achetée à la protospatharissa et moniale susmentionnée, kyra Euphrosyne, car l’un et l’autre, le rez-de-chaussée et la galerie que j’ai achetée à l’asèkrètissa kyra Anastasô, je les ai réunis à la même maison, ainsi que le pavillon à trois niveaux au bas duquel il y a un moulin à âne, pour qu’ils fassent partie de la petite maison que j’ai achetée à ma tante, la protospatharissa kyra Euphrosine Bôbaina.
Mais tout le reste de la maison que j’ai acheté à la protospatharissa et asèkrètissa kyra Anastasô, je le consacre et le déclare hospice, comme je l’ai déjà dit, avec la susdite maison de Raidestos : elles doivent avoir une seule et même appellation, être considéré comme un seul et même hospice et avoir comme lieu de prière l’église du Prodrome placée sous le nom de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ Très-Miséricordieux. À cette église et à Jésus-Christ très-Miséricordieux qu’on y vénère et au divin oratoire de ma maison de Raidestos doivent être rattachés l’unique hospice formé par les deux maisons et les biens meubles et immeubles qui leur ont été affectés, et elles porteront le nom d’Hospice du Très-Miséricordieux. Même si en effet cette chapelle de ma maison de la capitale est exiguë et dépourvue de beaucoup d’agréments et des richesses terrestres, elle est honorée, par la bonté de Dieu, d’une grande grâce, et, en vertu d’une inspiration divine, elle est le théâtre de nombreux signes divins, et elle paraît être une source de miséricorde par le truchement du service des pauvres, le seul par lequel on sert Dieu et qui est tout l’objet de mon souci de porter du fruit, car ce n’est pas dans des sanctuaires faits de main d’hommes qu’habite Dieu, qui est infini et au-dessus de l’être, mais dans des sanctuaires animés, à savoir ceux qui lui plaisent et exercent la miséricorde avec une conscience pure. Pour cette raison, j’ai placé des hommes pieux comme desservants de l’église, et je leur ai assigné des pensions en nature et en argent.
Ce n’est pas faute d’héritier et d’une descendance naturelle légitime que j’ai présenté cette offrande, où j’ai placé mon espérance, car j’ai un fils légitime, le mystographe et notaire impérial kyr Théodore. Mais, plein de componction et d’humilité, j’ai décidé qu’il me fallait donner une part aussi aux « huit », c’est-à-dire au siècle à venir, pour remercier Dieu, qui est très miséricordieux et très bon, de m’avoir fait naître de parents pieux et amis du Christ, qui m’ont enseigné la très grande sagesse que procure sa connaissance, puis de m’avoir permis d’acquérir une bonne instruction, d’abord l’instruction courante, puis la philosophie, et la rhétorique, enfin l’initiation sacrée aux lois, et en plus de cela, de m’avoir accordé une fortune honorable, en me procurant la plus grande aisance matérielle. […]
Après avoir précisé le statut des biens consacrés, parlons aussi maintenant de ce qu’on doit en faire, et d’abord des distributions aux pauvres. J’ordonne donc qu’à la porte du pieux établissement de l’hospice de la capitale, où se trouve aussi le monastère, on donne chaque dimanche à mes frères dans le Christ, les mendiants, un pain d’un grand boisseau, et que six pauvres mangent chaque jour au réfectoire, où ils recevront chacun un morceau de pain et, pour l’accompagner, de la viande, ou du poisson, ou du fromage, ou des légumes secs ou frais cuits, ou toute autre chose que Dieu enverra, et que chacun d’eux emporte quatre folleis, et pour tout dire, que l’on observe à leur égard ce qui se faisait de mon temps. J’ordonne que l’on distribue aussi deux cent seize boisseaux de blé à des malheureux, à des veuves ou à des vieillards pitoyables, soit douze boisseaux annoniques par tête, car ceux qui doivent recevoir ce blé seront au nombre de dix-huit.
Voici ce que devra donner annuellement l’établissement de l’hospice de Raidestos. Le monastère de Saint-Nicolas Phalkôn recevra trois nomismata ; le monastère de Saint-Georges, situé hors de la porte ouest du kastron de Raidestos, que je possède comme charisticaire au nom de deux personnes, et la deuxième personne sera mon fils, le mystographe kyr Théodore, trois nomismata ; le monastère féminin de Saint-Procope, situé hors de la porte maritime occidentale, dont la seconde personne est mon fils, parce qu’il l’a reçu de l’ancien charisticaire Bardas Xèradas, monastère qui avait été détruit par les rebelles et que j’ai reconstruit, deux nomismata ; le monastère de la très sainte Théotokos de Daphnè, deux nomismata. Je sais en effet que ces monastères ont besoin d’aide parce qu’ils sont absolument sans ressources. Et je prescris qu’ils reçoivent ces nomismata sur les revenus des aulai de mon hospice, et que ces annuités doivent être réparties scrupuleusement entre les moines de ces monastères, qu’ils inscrivent mon nom dans leurs saints dyptiques et fassent continuellement mémoire de moi, qu’ils récitent aussi chaque jour, après l’office de l’aurore, un trisagion pour le pécheur que je suis. L’église du vénérable Prodrome, située à la porte occidentale de Raidestos, recevra aussi un nomisma trachy ; l’église de la très sainte Théotokos Éléousa un nomisma. Celui qui, après Dieu, fournira, distribuera, gérera et possèdera tout cela sera mon fils légitime, le mystographe kyr Théodore, et nos descendants directs.
Je veux et j’ordonne aussi que, si je n’ai pas le temps de construire à l’extérieur de ma maison de Raidestos un kyklion destiné à accueillir les pieux pèlerins des Lieux Saints et les autres pauvres étrangers, cela soit fait par les préposés à ces maisons pieuses à l’extrémité de mon aulè, sur la grand-route, que l’on y construise des salles de repos, qu’ils y refassent leurs forces, et qu’on leur donne chaque semaine un pain de deux boisseaux annoniques et une mesure de vin. À douez frères dans le Christ, vieillards infirmes, mutilés et indigents, on donnera aussi chaque année à chacun, au jour anniversaire de ma mort, un nomisma et six boisseaux annoniques de blé. J’ordonne aussi qu’il y ait, au jour anniversaire de ma mort, un office solennel avec chantres, et que l’on distribue six nomismata trachéa et un pain de six boisseaux.


3. L’orphelinat de Constantinople

Anne Comnène, Alexiade, XV 7, 4-5, 7-9, trad. B. Leib, Paris 1945 (Collection byzantine), t. III, p. 214-218.

4. [D]ans le quartier devant l’Acropole, là où s’ouvre également l’accès à la mer, il avait trouvé une église de vaste dimension, dédiée au grand apôtre Paul, et il construisit à cet endroit une seconde cité dans la ville impériale. Le sanctuaire lui-même, en effet, qui était sur l’emplacement le plus élevé de cette ville, se dressait comme une citadelle. La nouvelle ville s’étendit de chaque côté sur plusieurs stades, dont certains savent le nombre, tant en longueur qu’en largeur. On éleva en cercle des constructions nombreuses, demeures pour les pauvres et, ce qui est encore plus humanitaire, hospices pour les invalides […].
5. Ce bâtiment circulaire était double et jumelé. Car de ces hommes et de ces femmes estropiés les uns habitent en haut à l’étage, tandis que les autres se traînent en bas, au rez-de-chaussée. Quant à l’étendue du périmètre, à supposer qu’on veuille visiter ces gens, en commençant le matin, on n’en achèverait le tour que le soir. Telle était cette ville et tels en étaient les habitants. Ils ne possèdent ni fonds de terre, ni vignobles, ni rien de ce dont nous voyons se soucier les êtres humains pour vivre ; mais chaque homme ou chaque femme habite la maison construite pour eux et automatiquement ce qui est de la nourriture et des vêtements leur est fourni par la main impériale. Le plus curieux en effet est que ces indigents, comme s’ils étaient des seigneurs avec de grandes possessions et des revenus de toute sorte, ont comme intendant et administrateur de leurs moyens de subsistance l’autocrator et l’entourage zélé de l’autocrator. Partout en effet où il y avait un domaine bien situé, pour peu qu’il fût de bon rapport, il l’apportait en partage à ces frères si bien qu’affluaient pour eux en abondance le vin, le pain et tout produit dont se nourrissent les hommes avec le pain ; le nombre des gens ainsi nourris était incalculable […].
7. Qui pourrait évaluer le nombre de ceux qui mangeaient chaque jour, ou la dépense quotidienne ainsi que les ressources affectées à chacun ? Car j’attribue à mon père ce qui continue après lui. Il leur assigna en effet des ressources sur terre et sur mer, et c’est lui qui leur a procuré cette aisance abondante. Un des personnages les plus distingués dont le nom est « orphanotrophe » préside comme administrateur à cette cité populeuse. On l’appelle « orphanotrophe » à cause de la sollicitude de l’autocrator pour les orphelins et les vétérans ; aussi bien le nom qui a prévalu est-il celui qui dénote sa sollicitude à l’égard des orphelins. Pour tout cela il y a des secrétariats ; des comptes sont demandés à ceux qui administrent les biens des pauvres, et des chrysobulles assurent à ceux qui sont entretenus des droits inaliénables.
8. Un clergé important et nombreux ainsi qu’une large subvention pour le luminaire ont été affectés au sanctuaire de Paul, le grand héraut de la foi. Quand on va dans cette église, de chaque côté on peut y remarquer des chœurs qui chantent alternativement. L’empereur a voulu en effet pour ce sanctuaire des Apôtres des chanteurs et des chanteuses à l’exemple de Salomon. Sa sollicitude s’est portée aussi sur l’œuvre des diaconesses. Il s’est beaucoup occupé également des moniales étrangères d’Ibérie, qui allaient d’abord quêtant de porte en porte quand elles arrivèrent à Constantinople ; mais mon père dans sa bienveillance leur construisit un très grand monastère et pourvut à la nourriture comme à l’habillement qui leur convenait. […]
9. En entrant, on rencontrait à gauche ces églises et saints monastères ; à droite du grand sanctuaire se trouvait l’école de grammaire pour les enfants orphelins de toutes races qui y sont réunis : un maître y préside et des enfants se tiennent autour de lui, les uns embarrassés dans des questions de grammaire, les autres rédigeant ce qu’on appelle des analyses. Là on peut voir un Latin qui s’instruit, un Scythe qui apprend le grec, un Romain qui s’exerce sur des textes grecs, et le Grec illettré qui se forme à parler grec correctement : tant était grand l’intérêt que prenait Alexis à la culture de l’esprit. Mais l’art de l’analyse est une invention de notre génération. Je ne parle pas des Styliens, des Longibards, de ceux qui ont mis leur art à collectionner des mots de toute espèce, des Attiques et des membres du clergé de notre Grande Église dont je passe les noms. Maintenant cependant, on n’attache même pas une importance secondaire à l’étude de ces maîtres sublimes, des poètes, des historiens eux-mêmes, et de l’expérience qu’on en tire : s’amuser est l’unique préoccupation et tout le reste est défendu. Je dis cela parce que je déplore l’insouciance complète que l’on a pour la formation générale. Cela me fait bouillonner intérieurement, moi qui ai consacré tant de temps à ces mêmes études ; car lorsque j’eus terminé avec elles mon instruction d’enfant, je me suis adonnée à la rhétorique, j’ai abordé la philosophie et, tout en travaillant en sciences, je suis allée aux poètes et aux historiens et par là j’ai poli les rudesses de ma langue ; ensuite, grâce à la rhétorique, j’ai jugé en la condamnant la complication si complexe de la schédographie. Mais que ces réflexions soient un ajouté à mon histoire, non comme une digression, mais dans le sens du sujet.