Byzantium06

mercredi, novembre 01, 2006

armées

SÉANCE 8
LES ARMÉES : RECRUTEMENT ET FINANCEMENT

1. Vie de Iôannikios (vers 752- 846) par Sabas
2. La prière de l’empereur lors du départ en campagne militaire, extrait de Constantin Porphyrogénète (905-959)
3. Traité sur la guérilla, Xe siècle
4. Documents iconographiques : Prise d’une ville, Combat singulier de cavaliers, Affrontement naval
5. La carrière de Nicéphore Mélissénos d’après les sceaux


1. Vie de Iôannikios par Sabas : Enfance et enrôlement de Iôannikios

Extrait de la Vie de Iôannikios par Sabas, éd. Acta Sanctorum Nov. 2.1, 333-334 ; trad. V. Kravari, "Évocations médiévales", dans La Bithynie au Moyen Age, éd. B. Geyer, J. Lefort, Paris 2003, p. 71-72.

Il (Iôannikios) naquit dans la province des Bithyniens, dans le village ta Marykatou, situé au nord du lac d’Apollônia. Son père s’appelait Myritzikos, sa mère Anastasô, selon moi non sans raison. Ils allaient en effet, eux qui vivaient et versaient dans les épines et l’odeur mortifère de l’impiété, faire pousser une rose florissante et odoriférante, un juste qui, par l’odeur de sa piété, pour parler comme l’Apôtre, a invité ceux qui le voulaient à passer de la vie charnelle à la vie éternelle et les a tirés des péchés dans lesquels ils étaient tombés vers la résurrection, par la connaissance du seigneur Jésus. Ils enfantèrent cette illustre lumière de l’église du Christ, lôannikios, la quatorzième année de la tyrannie impie du fils de Léon l’Isaurien, Constantin le Nestorien, le nourrissant seulement de choses sensibles, l’élevant corporellement selon son âge, sans instruire son âme vers tout ce qui conduit à la vertu et à Dieu par les paroles et les lettres divines. Mais lui, comme enseigné par Dieu, et l’Esprit divin inscrit dans le cœur, outre la simplicité du maintien, il acquit avec l’âge une foi florissante, qui rend parfait, principe et racine de tous les biens, et cela nous le montrerons clairement en détail à ceux qui ne le sauraient pas. Dans son premier âge, lorsqu’il avait sept ans, le saint était envoyé paître les porcs par ses parents. Chaque fois, il les poussait à la pâture selon la coutume vers l’endroit convenable, les signant du signe vivifiant de la croix ; les laissant, il s’en allait où il voulait pour tout le jour, marchant aux alentours et restant absent. En son absence, ceux-ci paissaient sans se disperser, sans dommage, sans être pris par des voleurs ni par des bêtes sanguinaires, jusqu’à ce qu’il revienne le soir pour les faire rentrer. Ainsi cela fut-il fait et dirigé pour lui par la grâce divine pendant tout son second âge, visiblement parce qu’il allait soumettre les passions, repousser et écarter les démons ennemis de notre vie qui y prennent plaisir, comme des bêtes sauvages et des voleurs. Au début de l’âge adulte (le troisième âge), à seize ans, la trente et unième année du règne de l’empereur, la première année d’Irène amie du Christ, mariée au Khazar Léon son fiIs, il était tout entier façonné selon son âge et il avait une apparence supérieure, très belle et noble. Ensuite, dans sa dix-neuvième année, il fut inscrit par le tyran dans l’armée des exkoubites, dans le dix-huitième bandon, lors d’une levée d’hommes régulière, et il fut toujours considéré par ses camarades comme un astre resplendissant. Non seulement il l’emportait sur tous par la force du corps, la beauté et la taille, mais il se conciliait les autres soldats par la supériorité de sa bonté naturelle, servant humblement, et, dans les guerres, par la force du Christ, apportant son aide à ceux qui en avaient besoin, et les reprenant à l’ennemi. Mais il persistait avec ses parents dans l’hérésie iconomaque, dans la haine de Dieu et de l’économie de Jésus-Christ, cette souillure ayant fondu sur l’Église par l’invention du père de celui qui tenait le sceptre, Constantin, ou, pour dire vrai, par le conseil et avec la coopération du premier iconomaque, Satan leur père.

2. La prière de l’empereur lors du départ en campagne militaire

Constantine Porphyrogenitus: Three Treatises on Imperial Military Expeditions, éd. trad. J. Haldon, (Corpus Fontium Historiae Byzantinae 28), Vienne 1990, p. 114. Trad. fr. B. Caseau.

Il faut savoir que, quand l’empereur ordonne de passer à Pylae, il donne l’ordre au Comte de l’Étable de faire transporter le train à Pylae. Il donne aussi l’ordre au Domestique des Optimates de se trouver avec tous les optimates à Pylae et d’affecter à chaque optimate une bête de somme. Il doit aussi envoyer à l’avance deux officiers impériaux, l’un à Pylae pour faire traverser l’armée, qui doit aussi aller à Leukatès pour le débarquement des bateaux, l’autre à Sangaros et à Saint-Sabinos. Mais il envoie aussi à l’avance les impériaux et tous les autres, afin qu’ils rencontrent sa majesté impériale à Pylae ; et les magistres et les patrices et ceux qu’il ordonne, il les fait monter avec lui en même temps que les préposites sur les galères et, arrivé à bonne distance du port impérial alors qu’il englobe la ville du regard, il se lève de sa couche et se tenant debout face à l’orient, il lève les mains vers le ciel, et, quand il a fait trois fois de la main le signe de la croix sur la ville, il prie Dieu de la sorte : "Seigneur Jésus-Christ, mon Dieu, je remets entre tes mains cette ville qui est tienne. Garde-là de tous les ennemis et les maux qui s’approchent d’elle, de la guerre civile et de l’incursion des peuples (ethnè). Conserve-la imprenable et inexpugnable, parce que nous avons placé nos espoirs en toi, que tu es seigneur de miséricorde, père de compassion et Dieu de toute supplication, à toi appartient la miséricorde, et le fait de sauver et de délivrer des tentations et des dangers maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen."


3. Extrait d’un traité de tactique, Xe siècle

Le traité sur la guérilla (De velitatione) de l’empereur Nicéphore Phocas (963-969), éd. G. Dagron et H. Mihàescu, trad. et commentaire par G. Dagron, Paris 1986, p. 34-36 et p. 108-111.

Les règles tactiques ont ceci de particulièrement utile qu’elles ont permis à ceux qui les ont adoptées d’accomplir de grands et mémorables exploits avec de petits effectifs ; en effet, ce que l’armée romaine tout entière n’a pas eu la force ou l’audace d’accomplir lorsque les Ciciliens et Hambdas [Saif ad-Daula le Hamdanide] étaient à leur apogée, un seul des meilleurs stratèges l’a parfois réalisé avec la seule armée du thème placé sous son commandement, en abordant l’ennemi avec réflexion et expérience, et en adoptant des dispositions et une stratégie intelligentes.
Ce n’est pas que nous préférions des effectifs moindres à des effectifs plus importants ou que nous retenions ces règles de préférence à toute autre stratégie ou tactique, mais il se trouve qu’elles sont du meilleur secours pour les meilleurs stratèges, leur permettant, lorsqu’ils ne peuvent résister de front à l’ennemi, en usant de ces règles, de se garder eux-mêmes et de préserver leur territoire de tout dommage.
C’est cette tactique, autant que je sache, que le bienheureux César Bardas Phocas a portée à sa perfection et que, totalement disparue, il a fait renaître — pour ne pas énumérer un à un tous les stratèges d’autrefois et m’en tenir aux plus connus de tous et aux plus proches de nous —, ce Bardas qui, commandant les thèmes voisins de Tarse, la Cappadoce et l’Anatolique, a infligé mille échecs cuisants aux forces de Tarse et du reste de la Cilicie, et a dressé sur elles de magnifiques trophées ; c’est lui qui nous a entraînés à cette tactique et nous en a transmis, si peu que ce soit, la pratique.
Outre ce dernier, le patrice Constantin, Maléïnos de son nom, qui fut pendant de très nombreuses années stratège de Cappadoce, eut à son actif des succès non négligeables.
Avec eux, le seigneur Nicéphore, le glorieux empereur, usa de cette tactique de main de maître ; lorsqu’il était stratège, il accomplit grâce à elle toutes sortes d’exploits mémorables, mettant mille fois, pour ainsi dire, l’ennemi en déroute et taillant en pièces ses plus grandes armées. Ses hauts-faits du temps où il était stratège, il serait fastidieux pour le lecteur de les raconter ou de les dénombrer, tant ils sont nombreux et largement connus. […]

Il ne te sera pas possible [au stratège] de préparer la guerre selon les règles de la stratégie et de l’expérience, si tu ne commences par entraîner et former l’armée placée sous ton commandement en l’habituant et en l’exerçant à manier les armes et à endurer la rigueur et la peine des fatigues et des privations, au lieu de se laisser entièrement aller à la mollesse et à la nonchalance, à l’ivrognerie, à la vie facile et à toutes les turpitudes.
Il faudrait aussi qu’ils reçoivent intégralement leur solde et leurs indemnités de subsistance, de même que des dons et des gratifications plus nombreuses que celles qui sont habituelles et réglementaires, afin que, pourvus du nécessaire, ils puissent grâce à ce supplément se procurer aussi d’excellents chevaux et toutes les pièces de leur armement, et qu’ils choisissent, apaisés d’esprit, ardents et illuminés de coeur, de risquer leur vie pour nos saints empereurs et toute la chrétienté.
Chose plus importante et nécessaire que tout le reste, qui éveillera leur ardeur, accroîtra leur courage et les poussera à oser l’impossible : qu’ils aient une exemption fiscale complète pour leur propre foyer, pour le foyer des soldats qui les servent et pour tous ceux qui les entourent. Ce privilège leur a été assuré et garanti depuis le début, il y a bien longtemps, et tu constateras qu’il a fait l’objet de lois de la part des saints et bienheureux empereurs d’autrefois, et qu’on le trouve consigné dans leurs livres de tactique.
Outre l’exemption fiscale, ils devraient jouir de l’honneur qui leur est dû, au lieu d’être méprisés et humiliés. J’ai honte de le dire : on donne la bastonnade à ces hommes qui ne mettent pas leur propre vie à plus haut prix que le service des saints empereurs et la liberté et la protection des chrétiens ; et cela du fait de vulgaires petits percepteurs qui ne sont d’aucune utilité à la communauté et ne savent que pressurer et écraser les pauvres, s’approprier nombre de talents d’or à force de léser et de torturer les pauvres.
Les juges des thèmes ne devraient pas, eux non plus, les traiter indignement ; ils ne devraient pas traîner en prison et fouetter, enchaîner et entraver comme des esclaves (ô calamité) les défenseurs et, après Dieu, les sauveurs des chrétiens, ceux qui meurent pour ainsi dire chaque jour pour les saints empereurs, alors qu’ au terme de la loi chaque officier a pleine autorité sur ses propres soldats et les juge.
Et de qui donc relèvent les troupes du thème, sinon du seul stratège que le saint empereur met à leur tête? Aussi, depuis les plus anciens Romains, le stratège a-t-il reçu pleine autorité sur son thème pour juger les plaintes touchant aux causes militaires et s’occuper de tout ce qui ne va pas dans le thème, collaborant aussi avec le protonotaire et les autres fonctionnaires chargés de responsabilités fiscales. Dans sa propre tourma, le tourmarque avait aussi, de par la loi et décrets impériaux, autorité en matière judiciaire, dans le respect des règlements en vigueur et des prérogatives (des autres).
Si donc l’armée des saints empereurs retrouve son statut de jadis, et si l’on écarte des soldats ce qui les afflige et les conduit à la pauvreté, ils déborderont d’ardeur, de joie et d’allégresse, ils seront plus vaillants et plus audacieux, et, dans ces conditions, nos saints empereurs non seulement sauvegarderont leurs territoires, mais ils soumettront en outre bien des terres de l’ennemi.


3. Documents iconographiques

Prise d’une ville : I. Spatharakis, The illustrations of the Cynegetica in Venice (Codex Marcianus graecus Z 139), Leyde 2004 (fol. 7 v) (mi-XIe s.).















Combat singulier de cavaliers : I. Spatharakis, The illustrations of the Cynegetica in Venice (Codex Marcianus graecus Z 139), Leyde 2004 (Fol. 6 v) (mi-XIe s.).








Affrontement naval : I. Spatharakis, The illustrations of the Cynegetica in Venice (Codex Marcianus graecus Z 139), Leyde 2004 (fol. 23r) (mi-XIe s.).




5. La carrière de Nicéphore Mélissènos d’après les sceaux.

Nicéphore Mélissènos, issu d’une famille anatolienne connue depuis le VIIIe siècle, épousa Eudocie Comnène, sœur d’Alexis Comnène, avant 1067 et mourut le le 17 septembre 1104.

1. Magistre et duc de Triaditza (Sofia, en Bulgarie) (G. Zacos-A. Veglery, Byzantine Lead Seals I, Bâle 1972 [ensuite ZV], 2697 bis).
2. Magistre vestarque et catépan (W. Seibt-M.-L. Zarnitz, Das byzantinische Bleisiegel als Kunstwerke. Katalog zur Austellung, Vienne 1997, n° 1.2.11) (entre 1065 et 1075).



Dieu aide Nicéphore magistre vestarque et catépan le Mélissène.

3. Magistre vestarque et catépan et juge de Chypre (Studies in Byzantine Sigillography 5)
4. Proèdre.



Face a) Vierge Hodèghètria (= tenant l’Enfant sur le bras gauche)
Face b) Que la Vierge aide Nicéphore proèdre le Mélissène.


5. Protoproèdre et monostratège des Anatoliques (V. Laurent, Documents de sigillographie byzantine. La collection C. Orghidan, (Bibliothèque Byzantine Documents 1), Paris 1952, n° 196) (1078).

6. Basileus autokratôr (1081) (ZV 99).





Face a) Le Christ assis sur un trône à dossier.
Face b) Portrait de Mélissène en tenue impériale, avec inscription circulaire : Nicéphore autokratôr des Romains le Mélissène.

7. César après 1081 (ZV 2698).




Face a) La Vierge avec inscription circulaire : Que la Vierge aide
Face b) Portrait de Mélissène portant le costume et la couronne du césar avec inscription circulaire : Nicéphore césar le Mélissène.

8. Despotès après 1081 (ZV 2699).



Face a) La Vierge avec inscription circulaire : Que la Vierge aide
Face b) Portrait de Mélissène avec inscription circulaire : Nicéphore despote le Mélissène.