Juifs et hérétiques
SEANCE 18
RELIGION ET ORDRE SOCIAL
1. Le baptême des hérétiques
2. Jugement synodal sur l’hérésie d’Éleuthère de Paphlagonie
3. Basile Ier et les juifs
5. Traité de Grégoire de Nicée
6. Novelle 55 de Léon VI
7. Les juifs de Constantinople
1. Le baptême des hérétiques
Concile in Trullo, canon 95. Trad. P.-P. Joannou, Discipline générale antique (IIe-IXe siècle), t. I 2, Rome 1962, p. 230-233.
Ceux qui viennent à l’orthodoxie et à l’assemblée des rachetés du parti des hérétiques, nous les recevons conformément au rite et à l’usage qui suivent.
Les ariens et les macédoniens et les novatiens qui se disent purs, et les aristériens et les quatuordécimains ou tétradites et les apollinaristes, nous les recevons, leur faisant signer un libelle d’abjuration et anathématiser toute hérésie qui ne pense pas comme la sainte Église de Dieu, catholique et apostolique, et, en les signant, c’est-à-dire en les oignant d’abord du saint chrême sur le front, les yeux, les narines, la bouche et les oreilles, et en les signant, nous disons : « Signe du Saint Esprit. »
Au sujet des sectateurs de Paul de Samosate qui retournent ensuite à l’Église catholique, il fut décidé de les rebaptiser absolument.
Quant aux eunomiens qui sont baptisés par une seule immersion et aux montanistes, qu’on nomme ici phrygiens, et aux sabelliens qui admettent l’identité du Père et du Fils et accompplissent d’autres rites abominables, et tous les autres hérétiques — ils sont en effet nombreux, surtout ceux qui viennent du pays des Galates — tous ceux d’entre eux qui veulent venir à l’orthodoxie, nous les recevons comme des païens ; le premier jour, nous les armons du signe de la croix ; le second, nous les admettons parmi les catéchumènes ; le troisième, nous les exorcisons en les insufflant par trois fois au visage et aux oreilles, et alors nous les instruisons et nous les admettons pendant un an à assister dans l’église et à écouter la lecture des saintes Écritures ; puis nous les baptisons.
De même nous rebaptisons les manichéens et les valentiniens et les marcionites et ceux qui viennent de semblables hérésies, les recevant comme des païens.
Tandis que les nestoriens et les eutychiens et les sévériens et ceux de semblables hérésies doivent présenter un libelle d’abjuration et anathématiser leur hérésie et Nestorius et Eutychès et Dioscure et Sévère et les autres hérésiarques et leurs sectateurs et toutes les hérésies susdites, et alors seulement recevoir la sainte communion.
2. Jugement synodal sur l’hérésie d’Éleuthère de Paphlagonie
J. Gouillard, « Quatre procès de mystiques à Byzance (vers 960-1143). Inspiration et autorité », Revue des Études byzantines 36, 1978, p. 45-53.
Copie du jugement synodal rendu sous le seigneur patriarche Alexis relativement à l’hérésie d’Éleuthère de Paphlagonie.
Quand la tyrannie qui pesait sur nous eut été détruite, l’idolâtrie abattue, la prédication de la religion répandue dans tout l’univers, l’ennemi commun de l’humanité, ayant échoué dans sa première entreprise, est passé à une autre tactique de malfaisance. Conscient qu’à ceux qui avaient une fois goûté de la suavité divine et connu Dieu, il coûtait de trahir leur profession de foi en Lui, sous le masque de la piété et de la science des divines Écritures, il a introduit parmi ceux auxquels le Christ a fait l’honneur de son nom une infinité de doctrines erronées et il a déchiré le noble corps de l’Église, de sorte qu’au lieu de devoir leur nom au Christ, la tête suprême, qui nous a libérés des liens du péché, ils en sont venus à devoir leur nom à des individus insensés, à la remorque de leurs propres désirs et plaisirs.
De là les Simons et les Marcions, les Valentins et les Ébions, ainsi que l’hérésie répugnante et abominable des Manichéens, avec son très pernicieux rejeton, l’erreur mal famée des Messaliens qui sépare entièrement de Dieu ceux qu’elle tient, parce qu’elle leur fait partager l’impiété manichéenne, mais aussi parce qu’elle y a ajouté des inventions plus répugnantes encore. Ainsi, que l’âme humaine est sous l’empire de Satan et de ses anges, que la nature humaine vit en communion avec les esprits du mal. Satan, disent-ils, et le Saint-Esprit habitent inséparablement en tout homme. Aussi ce n’est ni le saint baptême qui rend parfait l’homme ni la communion aux divins mystères du corps du Seigneur, mais la seule prière à laquelle ils donnent leurs soins. Mais pourquoi énumérer toutes leurs inepties? Je répugne à souiller les oreilles pies. Car ils disent encore que le mal est naturellement dans l’homme, et que la sensation de l’union entre l’époux céleste et l’âme est la même que ressent la femme dans l’union avec son mari. Mais qu’est cela en regard des autres blasphèmes et dégoûtations? Ils abhorrent la précieuse croix, ils n’honorent pas la sainte Mère de Dieu (le Christ, disent-ils, n’a pas pris chair d’elle). À ceux de leurs disciples qui le souhaitent, ils permettent de se castrer et aussi de jurer librement et de se parjurer, ou encore, sous la contrainte, d’anathématiser sournoisement leur hérésie, sans parler d’autres pratiques infâmes et d’obscénités que peuvent connaître ceux qui ont été initiés à leurs pratiques.
Qu’au grand jamais nul fidèle ne se commette avec ces gens-là, ni ne fasse fût-ce un pas vers eux !
Telle est l’erreur qu’a partagée largement Éleuthère, qui était originaire du pays des Paphlagoniens. Il vint s’établir — ce qu’à Dieu ne plût — dans l’éparchie des Lycaoniens. Il y dévoya les esprits simples ; loup déguisé sous une peau de brebis, on le prit pour un homme religieux, et c’est ainsi qu’il les disposa à tout croire. Il fonda là un couvent dit Môrokampos, le bien nommé — il produit en effet des têtes folles et les remplit de l’esprit adverse: il faut savoir que chez les Romains, kapis c’est la tête et kapos le souffle —, il y accueillit des disciples qu’il poussa au gouffre de la perdition. Il passa longtemps ignoré, mais il n’échappa pas jusqu’au bout. Il fut jugé par les gardiens de l’Église et retranché de la communion ; aussi, convoqué devant le synode, il prit la fuite. Or cet individu avait ajouté aux dégoûtations des Messaliens d’autres inventions obscènes. Il donna pour règle aux moines de partager sa couche avec deux femmes, à celui qui avait été initié à ses principes de vivre dans la continence pendant une année, après quoi il pouvait librement user des plaisirs sexuels, sans distinguer entre parents et étrangers, c’était là chose indifférente et nullement prohibée par la nature. On comprend qu’il ait attiré une masse de gens, séduits par le relâchement et la liberté du plaisir. Mais celui que émigra vers le tribunal d’en-haut. Quant à ceux qui s’étaient abreuvés à sa corruption, ils restèrent incorrigibles, bien qu’ils aient eu l’air de changer de conduite sous le très bienheureux patriarche Polyeucte et Phocas le très saint métropolite d’Iconium, en déposant un libelle d’orthodoxie et en feignant d’abjurer leur erreur, comme en font foi les termes de l’hypomnèma délivré à cette occasion et du libelle.
Mais l’Éthiopien résiste au lavage, le crabe marchera toujours de travers, le caméléon est réfractaire au blanc, alors qu’il imite à volonté et prend toutes les autres couleurs. Eux, de même, sont demeurés irréductibles à l’orthodoxie et la piété. Ils ont entouré l’individu d’égards ; à sa mort, ils l’ont enterré dans l’église, ont composé des hymnes pour les chanter en son honneur, ils ont vénéré ses images, et ils ont amené une masse de gens à lui rendre un culte. Il en fut ainsi jusqu’à ce que Constantin, le métropolite très aimé de Dieu, de Sidè, homme savant et vénérable, zélé pour les bonnes œuvres, surprit leur erreur, les traîna devant le tribunal synodal et confondit leurs pratiques criminelles, en les mettant à jour dans sa déposition.
Il raconta ceci : une hérésie s’étant déclarée parmi le bétail, un moine — il s’agissait du docteur de cette hérésie — conseilla aux paysans en détresse, désolés de perdre leurs bêtes, de déposer — quelle n’est pas ta patience, ô Christ! — aux sorties des étables la précieuse croix et de la leur faire fouler, moyennant quoi le fléau divin allait cesser. Ce que fait, toutes crevèrent jusqu’à la dernière. La justice divine ne pouvait plus se contenir dès lors que sa patience allait porter dommage à beaucoup de gens. Un jour qu’il avait rencontré deux paysans occupés à labourer, il leur demanda s’ils adhéraient à l’enseignement d’Éleuthère et lui rendaient un culte ; ils reconnurent volontiers qu’ils l’honoraient et tiraient fierté de sa doctrine.
Il convient d’ajouter à ces témoignages le récit qu’a fait, au cours de l’instruction, l’illustre protospathaire et éparque Georges. Alors, dit-il, que j’exerçais la fonction de juge dans le thème des Anatoliques, l’évêque de Tzilougra se lia avec moi. Un jour que la conversation s’engageait sur eux, après avoir poussé un profond soupir, il se mit à rapporter ce qui suit. Je m’étais lié avec Néophyte et le fréquentais assidûment. Un jour, il m’emmena dans un coin tranquille et m’invita à confesser mes fautes passées. Docilement j’obtempérai. Alors lui, comme en proie à l’inspiration, m’enjoignit d’ouvrir la bouche. Comme je lui en demandais la raison, il répondit: Pour moi je ne supportai pas l’absurdité de son injonction. Je me levai et, me bouchant les oreilles, je me retirai et le plantai là. À ce récit de l’évêque, je restai interdit devant l’endurcissement de ces misérables. Les yeux du cœur aveuglés par le diable, ces gens-là sont incapables de tourner le regard vers la lumière de la vérité.
À quelque temps de là, Grégoire, l’higoumène, me vint trouver pour solliciter d’entrer en relations avec moi. Je lui répondis qu’un commandement nous interdit de nouer relation avec les hérétiques et de les saluer. Va d’abord expulser de l’église le fauteur de cette doctrine mal famée, abandonne-le dans un coin désert, livre au feu les écrits composés en son honneur et gratte ses images. Ensuite je t’accorderai de me fréquenter, te donnerai toute liberté d’accès et je ne me détournerai plus de toi. Le moine promit sans se faire prier d’agir ainsi, et alors nous l’accueillîmes. Le moine Grégoire et ses compagnons ne trouvèrent rien à objecter à ces conditions, ils consentirent à transporter les restes du personnage dans une autre église, située dans la montagne, à livrer les écrits au feu, à gratter ses images et à se détourner de son enseignement.
Mais, considérant qu’ils ont, entre autres consignes, celle d’anathématiser sans se faire prier, en temps de persécution, de jurer librement et de simuler le repentir, le saint synode et les glorieux archontes du Sénat mandatés par notre très clément basileus, ont décidé de les transférer de leur couvent pour les installer dans d’autres couvents, entendons habités par des moines orthodoxes, ou de leur imposer un higoumène orthodoxe qui les guide vers la lumière de la vérité ; de leur faire déposer une profession de foi au pieux chartophylakeion et y abjurer leur erreur, de jeter l’anathème, à l’église, sur Éleuthère et son enseignement, expulser son corps de l’oratoire pour l’enterrer conformément aux lois. Si, avec le temps, ils donnent une preuve sûre de leur amendement, ils seront reçus par l’Église catholique et admis à la communion ; cette disposition devra être observée également dans les autres couvents, situés dans différentes éparchies, qu’ils dénomment des kellia. Y veilleront les très aimés de Dieu métropolites et évêques locaux, car il est écrit: Avec joie, les moines ont accueilli les décisions, anathématisé Éleuthère et son enseignement dégoûtant.
Considérant que sous prétexte de recevoir les pensées des pénitents, ils en ont égaré un grand nombre et leur ont communiqué leur corruption, il a été décrété qu’ils ne recevraient plus désormais les confessions ; en outre, qu’ils rendraient à la terre les morts desséchés, tenus par eux comme saints du fait de leur incorruption, au risque d’égarer les simples, et renonceraient, dans l’avenir, à toute témérité de ce genre. Pour ceux d’entre eux qui veulent accéder au sacerdoce, on recueillera, au préalable, à leur sujet, le témoignage, conformément à la règle apostolique, non seulement de leurs compagnons d’ascèse, mais encore d’étrangers ; ils seront ordonnés au grand jour par l’évêque très aimé de Dieu de Lystra — c’est à lui que nous confions cette mission —, qui enquêtera sur leur vie et mœurs ainsi que sur la rectitude de leur doctrine. Il imposera alors les mains à ceux qui seront trouvés dignes et leur confèrera la dignité sacerdotale. Ce jugement a été rendu sous la présidence de notre très saint maître et patriarche œcuménique, assisté des métropolites aimés de Dieu.
3. Basile Ier et les juifs
Continuation de Théophane, V 95, éd. E. Bekker, Bonn 1838 (CSHB), p. 341-342. Trad. M. Kaplan, dans La chrétienté orientale, M.-F. Auzépy, M. Kaplan, B. Martin-Hisard, Paris 1996, p. 105.
L’empereur, sachant que rien n’est plus agréable à Dieu que le salut des âmes et que celui qui dit du vil extrait du précieux est comparé à la bouche du Christ (Jérémie 15/19), refusa de se montrer insouciant et négligeant pour cette tâche apostolique, mais commença par prendre dans ses filets pour le conduire à la soumission au Christ le peuple des Juifs, incirconcis et durs de cœur, pour autant qu’il dépendît de lui. Il leur ordonna d’exposer les arguments en faveur de leur foi en une dispute ouverte: ou bien leurs arguments s’avéreraient valables et irréfutables, ou bien, convaincus que le Christ est le résumé de la loi et des prophètes et que la loi revêt la forme d’une ombre que la lumière du soleil dissipe, ils accéderaient à l’enseignement du Seigneur et seraient baptisés. Il se proposait de distribuer des dignités à ceux qui accéderaient [au baptême], d’alléger le poids des impôts précédemment levés : il promit de transformer des hommes de rien en notables. Il en libéra ainsi un grand nombre du voile qui les aveuglait et les conduisit à la foi en Christ, même si la plupart, après la mort de l’Empereur, retournèrent comme des chiens à leurs vomissures. Même si ceux-là, ou plutôt certains de ceux-là, tels des Éthiopiens, ne renoncèrent pas à leurs erreurs, l’Empereur aimé de Dieu, lui, aura reçu de Dieu la totalité du salaire de son œuvre pour le zèle qu’il y montra.
4. De Grégoire métropolite de Nicée, traité montrant qu’il ne faut pas se hâter de porter sur les Hébreux la main du baptême, à moins qu’ils n’aient été préalablement soumis à un examen rigoureux
G. Dagron, « Le traité de Grégoire de Nicée sur le baptême des juifs », Travaux et Mémoires 11, 1991, p. 318.
I 3. Si donc un Hébreu, comme il vient d’être dit, en se détachant de tout ce qui est du monde et se trouve dans le monde, choisit de s’engager dans le chemin étroit et s’est préparé à la privation de ses biens, à l’affliction, aux persécutions et à la mort, tout le monde concevra que celui-là a choisi délibérément le Christ et sa foi, que tous les Chrétiens doivent lui faire fête et qu’il s’est montré digne de la divine régénération, des célébrations sacrées et de la participation aux sanctifications salvatrices. Mais s’il n’a même pas eu l’ombre de telles idées — sans parler d’une adhésion de cœur selon un jugement raisonné —, et si, encore attaché aux vanités judaïques, tannant son cuir, tout souillé de crottes de chien et de vomissures de toutes sortes, ne pouvant même pas regarder les chrétiens dans les yeux, soumis aux pressions fiscales, en butte à tous ceux qui les briment, et n’ayant même pas de quoi vivre, si donc c’est dans cet état qu’il devait être immédiatement appelé par celui qui a le pouvoir suprême et qu’il commençait par toucher de l’argent, puis recevait l’assurance officielle qu’il serait désormais débarrassé de son métier malodorant, des charges fiscales et de tous ceux qui jusqu’à maintenant le brimaient, qu’il serait mis en situation de dominer les Chrétiens authentiques et qu’en vivant une vie oisive et sans efforts il recevrait tout ce qu’il lui faut pour toute sa vie, qu’il parviendrait à des dignités dont il ne pouvait pas même rêver, et qu’il épouserait une femme bien-née du pays, si donc, tombant sur l’annonce officielle de telles promesses, il abjurait le judaïsme et tournait en dérision le christianisme en se faisant baptiser, moi, cet homme-là, je ne l’appellerais jamais un Chrétien. Le ciel me préserve d’être assez fou pour le faire et d’en venir à un tel reniement du christianisme.
5. Novelle 55 de Léon VI
Éd. P. Noailles et A. Dain, Les Novelles de Léon VI le Sage, Paris 1944, p. 209-211. Trad. G. Dagron, « Le traité de Grégoire de Nicée sur le baptême des juifs », Travaux et Mémoires 11, p. 348-349.
Les empereurs précédents, se penchant sur le cas de la race des Hébreux, autrefois célèbre par la faveur que Dieu lui avait octroyée, mais devenue depuis célèbre par les malheurs que mérita sa folie contre le Christ Dieu, promulguèrent différentes lois qui, traitant de l’organisation de leur existence, ordonnèrent qu’ils pussent lire les Saintes Écritures en grec, qu’ils ne fussent pas empêchés de suivre leurs propres coutumes, et même que leurs enfants fussent assimilés à eux non seulement par la parenté du sang, mais par celle qui résulte de la circoncision. Voilà, comme je l’ai dit, ce que décidèrent ceux qui se sont succédé auparavant à la tête de l’Empire. Mais l’empereur de divine mémoire, de la semence de qui nous sommes le rejeton, comme il avait plus que les autres le désir de sauver ces gens, ne se contenta pas de les laisser — comme avaient fait ses prédécesseurs — soumis aux seules dispositions des lois anciennes, et, les ayant amenés au culte salvateur des Chrétiens tantôt par l’explication des paroles saintes, tantôt par les admonestations qu’il leur adressait, les a initiés par l’eau vivifiante du baptême. Et de fait, en les persuadant de se transformer en un homme nouveau selon le Christ, il a fait en sorte qu’ils abandonnent le vieil homme et tout de qui caractérisait l’ancienne Loi: circoncision, sabbat et tout ce qui s’y rattachait. Mais après les avoir ainsi, de fait, débarrassés de leur esprit judaïque, il n’est pas allé jusqu’à décider par la promulgation d’une loi spéciale d’imposer silence et abandon aux dispositions antérieures qui donnaient la liberté de vivre selon les règles du judaïsme. Aussi, jugeant raisonnable de compléter ce que notre père a laissé inachevé, nous ordonnons que se taise toute la législation ancienne légiférant sur les Hébreux, et que ces derniers n’aient pas l’audace de vivre autrement que comme l’exige la foi pure et salvatrice des Chrétiens. Si quelqu’un est convaincu d’avoir abandonné les préceptes chrétiens et d’être revenu aux coutumes et aux croyances juives, qu’il paie la peine prévue par les lois frappant les apostats.
6. Les juifs de Constantinople
Le témoignage de Benjamin de Tudèle. Dans M. N. Adler, The Itinerary of Benjamin of Tudela, Londres 1907, p. 14. Trad. J. Shatzmiller, Croisades et pèlerinages. Récits, chroniques et voyages en Terre Sainte. XIIe-XVIe siècle, Paris 1997, p. 1311-1312.
Nul juif parmi eux [les Grecs] dans la ville [Constantinople]. On les a transportés au-delà du bras de mer. Le bras de mer russe les borde d’un côté et ils ne peuvent sortir pour commercer avec les habitants de la ville que par la mer.
On y compte [d’un côté] environ deux mille juifs rabbanites et de l’autre environ cinq cents caraïtes ; entre eux il y a une séparation. Parmi les rabbanites se trouvent des savants, à la tête desquels il y a Rabbi Abtalione, le maître Rabbi Obadiah, Rabbi Aaron Behor Shoro, Rabbi Joseph Sarguino et Rabbi Elyaquim le chef de la communauté. Il y a parmi eux des artisans qui travaillent la soie, beaucoup de marchands et beaucoup de gens riches. Mais aucun juif ne peut monter à cheval, excepté Rabbi Salomon l’Égyptien, médecin du roi. Grâce à lui, les juifs jouissent d’une certaine tranquillité, dans leur captivité, qui est d’ailleurs très rude. La haine qu’on leur témoigne est très forte. Elle est due aux tanneurs juifs, qui jettent les eaux sales des peaux devant les portes des maisons des juifs, et ainsi salissent le quartier juif.
C’est la raison pour laquelle les Grecs haïssent tous les juifs, sans distinction, qu’ils soient bons ou mauvais. Ils alourdissent leur joug sur eux. Ils les frappent dans les rues et les asservissent par des corvées. Cependant les juifs sont riches, gens de bien, charitables, ils observent les commandements et supportent le joug de l’exil avec patience. Le nom de l’endroit où habitent les juifs se nomme « Péra ».

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